Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

ThéÂÂÂtre...

Vous aimez Marilyn Monroe? vous aimez les comédies, les tragédies, les chansons, les talons aiguilles, le maquillage, l'humour, les larmes et l'émotion avec un grand E (lol), vous adorrrrrerez "I wanna be loved", allez, en scène!!!

I WANNA BE LOVED


Une pièce de Diane Dassigny et Guillaume Choquet (protection SGDL)


Petit appartement bourgeois parisien.
Une affiche de « Talons Aiguilles » de Pedro Almodovar sur le mur.
Une jeune étudiante est assise à une table basse au milieu du salon.
On entend une chanson de Marilyn Monroe : « I wanna be loved by you » sur la chaîne hi-fi.
La jeune fille ,Raphaëlle ,chantonne en révisant ses cours. Elle grignote un paquet de chips.
Bruit de clés .La porte s’ouvre énergiquement.Sa mère rentre du travail :
Chérie est âgée d’une quarantaine d’années,elle a de la classe mais dégage une certaine nervosité.Elle travaille dans une agence immobilière.
Chérie et Raphaëlle vivent toutes les deux et l’absence masculine se sent dans la décoration du salon.
On entend toujours la voix de Marilyn Monroe. Chérie se fige, Raphaëlle la regarde d’un air coupable.Chérie va éteindre tranquillement la radio.
Raphaëlle,  prenant les dernières chips du paquet ,regarde sa mère et brise le silence
Raphaëlle/ timidement, en lui tendant la dernière chips/  Tiens !
Chérie s’avance vers la table pour attraper le paquet vide :
Chérie/ Et bien,je vois qu’ça avance les révisions !!Te plains pas si tu rentres pas dans ton  bikini cet été !
R/ Ouhlala ,stop ,terrain glissant…j’nous fais un thé ?
R  part dans la cuisine américaine sans attendre de réponse.Au passage,sa main s’engouffre dans le paquet de chips à l’oignon posé sur le bar
Chérie s’asseoit en enlevant ses chaussures d’une façon bien particulière :
C/ Pour moi,ce sera moitié earl grey,moitié…
R/  la coupant / darjeeling,je sais…
Pendant ce temps, Chérie finit les miettes du paquet
C /  regardant les notes/  Dis donc ,t’arrives à te relire ?
R/ Oui oui…de toute façon,c’est pas mes notes,c’est celles d’une copine !
C/ Ah,bon ? Bravo ! Et toi tu faisais quoi pendant le cours ?
R/ Ah mais j’étais là,au milieu de l’amphi, avec un paquet de chips aux crevettes.De toute façon,
(d’un ton professoral) ça ne me sert absolument à rien d’écouter en cours… j’ai plein de copines vraiment cool qui notent tout de A à Z !…et qui n’aiment pas les chips. Tu sais,le genre en avance au cours pour être au premier rang !!
C/ Oui ma chérie,ça s’appelle des bonnes poires !
R/ Oh,ne me dis pas qu’tu n’as jamais fait ça !!
C/ Non,jamais… mais j’aurai peut-être mieux fait…/ironiquement / « Tu es toujours si sérieuse Chérie ! »
Silence gêné
R/  soulagée en entendant la bouilloire/ Ca y est,le thé est prêt !
Raphie sert le thé
R/ Voilà un bon Darjigrey pour « Cherry » !
C/  exaspérée/ Oh,Raphaëlle !
R/ Allez maman, détends-toi, zen,arrête d’être crispée comme ça…et puis enlève-moi cette ride,là /Elle lui lisse énergiquement la ride du lion.
Raphaelle  mime à sa mère  des exercices de respiration,style taÏ-chi,avec des poses ridicules pour la faire rire.Effectivement,Chérie se met à rire./
R/ Et bien voilà,je préfère ./ Comme le slogan d’une pub/ Après un léger affaissement, la ride s’estompe,la peau  retrouve tout son éclat ,elle est de nouveau saine,résistante,souple et fraîche.Cette deuxième jeunesse lui permet d’explorer sa nouvelle féminité. Elle ose enfin être elle-même (leçon de beauté numéro 1) Sérénitude, maturitude, finie la ride-attitude !Tel est le secret de la beauté sereine des peaux matures
C/ en riant/ Des vieilles peaux quoi !
R/ Meuh non…Allez,j’te fais un p’tit massage
Raphie se lève,tourne la chaise de sa mère et l’installe devant elle,face public.Elle commence à lui masser le visage.Chérie  ferme les yeux
R/ Je peux détacher tes cheveux ?
C/ Oui
R / avançant son visage sur le côté  pour voir le résultat/ Ah j’en étais sûre,ça te va beaucoup mieux les cheveux détachés ! Pourquoi tu les emprisonnes comme ça ?
 C/ Le travail !!! J’ai une image de marque ,et je n’peux pas piquer les notes de mes collègues pour cause de grignotage intempestif,moi !
R/  toujours concentrée sur les cheveux de sa mère/ Dommage…et si tu les éclaircissais un peu…juste quelques mèches,ce serait tellement plus lumineux
C/  sérieuse/ Tu sais bien qu’il y a toujours eu une blonde de trop dans ma vie
R/ Mais maman,ça fait 20 ans que tu ne l’as pas vue !!
C / un peu sur les nerfs/ Bon,c’est un massage ou un relooking ?
R/ Ah oui, pardon
Raphie reprend son massage
R/ Tu te souviens que je vais chez papa pour son anniversaire ce week-end ?
C/ Ah oui,j’avais oublié l’anniversaire du grand homme !!Et qu’est-ce qu’elle lui a préparé sa  blonde ?
R/  indignée/ Maman,elle n’est pas du tout blonde…elle est camerounaise !!
C/ Oui,et bien pour moi ce sera toujours une blonde !!
R/ T’exagères quand même, c’est une vraie fixette !C’est quand même pas une couleur de cheveux qui te transforme en Dark Vador !…D’ailleurs la fille qui m’a prêté ses notes,elle est blonde !!
C/  prenant les notes du bout des doigts,  comme un papier sale/ Et bien ,ça confirme ce que je pensais !
R/ Bon,j’arrête le massage,tu m’énerves !
C/ Oh,excuse-moi
Raphie se rasseoit et sirote son thé tout en faisant mine de relire ses cours pour éviter toute discussion
C,/ pour détendre à nouveau l’atmosphère/ Et qu’est-ce qu’elle apprend de beau ma grande fifille ?
R/ L’histoire contemporaine,je suis en pleine guerre du Vietnam
C/  jouant l’impressionnée/ Ca m’a l’air bien sérieux tout ça
R/ J’en suis à peine au tout début,aux prémices du conflit / elle hésite,puis ,grâce au grignotage se met à énumérer/  Eisenhower,le communisme,Dallas,JFK….enfin bref,quoi…
C/ oui,c’est ça, bref…
Chérie  regarde sa montre
C/ Bon,il serait peut-être temps d’aller faire 2-3 courses pour ce soir,t’as envie d’quoi ?
R/ J’hésite…menu K ou menu I
C/ Ah non,pas encore japonais !Ecoute,on descend et on avise !
R/ Ok,je prends ma veste
Raphie part dans sa chambre
Chérie regarde de nouveau les notes avec une expression pensive.
R/ revenant/  Let’s go !
Elles sortent en éteignant la lumière
Seule une petite lampe reste allumée.
Le téléphone sonne alors sur scène
On entend l’annonce du répondeur :
« Bonjour,vous êtes bien chez Raphaëlle¨ et Chérie. Absentes pour le moment, merci de laisser un message après le bip sonore » / Bip.
On entend la voix d’une vieille dame/
La vieille dame /Allo…Allo…Cherry,cherry…tu m’entends ??Y a quelqu’un ?C’est / avec l’accent américain/  « Jean », c’est maman…allo…Bon,je suis dans le taxi,j’ai du retard parce que j’avais perdu mon vanity à l’aéroport mais ça y est ,il est dans mes bras,tout va bien,j’arrive dans…oh,the Eiffel Tower…j’arrive dans 20 minutes. Je suis « so happy » de vous voir mes chéries.A tout de suite.Kiss kiss /.son  de bisous dans le téléphone/
Elle raccroche

On entend  derrière la porte Raphie et Chérie revenir en riant.
La discussion se poursuit pendant qu’elles déposent les courses sur le bar  et qu’elles posent leurs vestes.
R/ Moi,j’te dis que t’as un ticket avec le fromager !!T’as vu comment il te regardait en coupant le Saint-Nectaire ? Il bavait sur ses Chabichou !!!
C/  avec une expression d’horreur feinte/ Oh,arrête !!
Trouve-moi un autre soupirant,s’il te plaît !
R/ Et bien…/elle réfléchit ,  puis avec un éclair de génie/ Le gars du pressing ?
C/ Quoi ?Ca va pas non ?Avec sa méduse morte sur la tête ?
R/ Ca s’appelle des dreadlocks maman !!…Moi,j’le trouve plutôt pas mal
C/ Mouais,on n’a vraiment pas du tout les mêmes goûts !
Bon,j’me mets à la popote !
R/ Oh,pas tout de suite,j’ai pas encore faim,moi !
C/ Dis plutôt que tu n’as PLUS faim !Avec tout ce que t’as boulotté !!!
R/ On peut prendre l’apéro ?
C/ D’accord.
Raphie pose sur la table une bouteille de vin blanc et 2 verres
Elles trinquent quand la sonnette retentit
R/ T’attends quelqu’un ?
C/  A priori non,ou alors j’ai oublié !!
R/ C’est peut-être le fromager !
La sonnette retentit de nouveau
C / en se levant/ Je sais pas qui c’est mais je sens que ça va m’énerver !!
R/ Si c’est pour le calendrier des rugbymen ou des pompiers,fais-les entrer,s’il te plaît !
Chérie regarde avec attendrissement sa fille, ouvre la porte, et se fige.
Une femme blonde platine,surmaquillée,d’une soixantaine d’années,habillée comme si elle avait 20 ans,fait son entrée.Elle porte un vanity et une valise à roulettes.C’est la mère de Chérie et la grand-mère de Raphaëlle. Elle se prénomme Muguette.
MUGUETTE /  avec un grand sourire et beaucoup d’aplomb,comme si elle arrivait sur scène pour un grand show/ Hello everybody !/ elle regarde à peine sa fille et se jette sur l’un des  sacs de courses déposé sur le bar / Oh ,mais il ne fallait pas, enfin quand même,ça tombe bien,avec le jet-lag,j’avais une de ces faims !!/ Elle attaque un paquet de chips king size très coloré(genre fraise-vinaigre)/  Oh,quel voyage épouvantable,mes enfants,si vous saviez…/ Elle découvre alors sa petite fille/ Oh …mais c’est fou comme tu es grande,so pretty you are…/ émue/ Oh,sweety Chérie,comme elle est jolie notre petite fille / puis,regardant Chérie pour qu’elle acquiesce,ce qu’elle ne fait pas/ On dirait moi à 20 ans
/ Elle s’asseoit à la place de Chérie et enlève ses chaussures avec le même geste que Chérie au début.
Elle prend le verre de Chérie et déguste le vin/  Ah,la France,la France !!!/ Long temps de malaise (elle est la seule assise,les deux autres femmes la regardent comme si c’était une télévisison sur pattes) puis,tout d’un coup,comme si elle avait une illumination/  Chérie !/ désignant  le vanity/ Mon vanity s’il te plaît
Pendant tout ce temps,on sent que Raphie ne comprend pas trop tout ce qui se passe mais ne peut prononcer un mot tant elle est éberluée par l’arrivée de ce « personnage »
Muguette ouvre son vanity et commence à se mettre du rouge  à lèvres à la façon de Marilyn (vaseline et rouge)
Muguette regarde Raphaëlle, puis ,pinçant ses lèvres rouges.
M/ Ca va ?
R/  gênée / C’est … rouge
Muguette referme le tube avec satisfaction 
M / à Chérie/ Alors,qu’est-ce que vous me racontez de beau ?
« What’s new ? »
C / en s’asseyant / Raphaëlle a fêté ses cinq ans,ses 6 ans, ses 7 ans,ses 8 ans,ses 9 ans,ses 10 ans…
M/  la coupant/ Oui,oui,elle est ravissante,tout mon portrait comme je t’ai dit…La peau laiteuse, les pommettes saillantes, des lèvres pulpeuses et finement ourlées comme un bouton de rose, le regard velouté : « a star is born ! »
R/ Maman,assieds-toi
Chérie s’asseoit,Raphaëlle part chercher un verre
M/  à Chérie/ Viens t ‘asseoir à côté de moi
Chérie se décale plus loin de Muguette,mais sans agressivité
R /  revenant avec un  verre/ Ah tiens ! Y a un message sur le répondeur !
Elle appuie sur l’appareil.on entend à nouveau le message
Pendant l’écoute,Chérie regarde Raphie  dont la main semble bloquée au-dessus du répondeur. Muguette est aux anges en entendant sa voix et se lève pour monter le volume.
Fin du message :
C/  atterrée,les bras croisés/ Son prénom,c’est Muguette !
M/ Oh,j’ai vraiment une voix qui passe bien sur ce répondeur !/ à  Raphie/  Garde le message,trésor ! Je suis vraiment passée à côté d’une grande carrière de comédienne
C / pour elle-même/ Ah ça,on le saura !
M/ Oui,chérie,tu disais ?
C / se levant ,énervée, pour aller vers sa fille prendre son verre/ Non non,rien…
M / continuant sur sa lancée/ Tout le monde me voulait  à Hollywood !
Chérie la regarde,dubitative
M/ Enfin, tout le monde aurait voulu de moi dans les années 5O!
C/ Dans les années 50,t’étais dans le Limousin !!
M/ Mais j’aurais dû être à Hollywood,tu crois que j’étais à ma place dans le Limousin ?
C/ Ah ça,non,pas du tout !
M/  sans écouter Chérie/ Billy Wilder,Cukor,Capra,John Huston …
Puis elle se tourne vers Raphie comme si elle se souvenait qu’elle était là :
M/ Et toi,tu aimes le cinéma ?
R/ Oui,je regarde plein de DVD
M/ Quoi ?/  regardant  Chérie avec un air de reproche  puis s’asseyant à côté de sa petite fille/  Mais enfin,c’est tellement magique sur le grand écran quand tu vois ton visage en gros plan, illuminé, magnifié, sublimé, maquillé, tous ces gens qui t’aiment et qui t’admirent,que tu fais pleurer dans les salles obscures …et toi sur la bouche de métro avec ta robe blanche qui s’envole
Elle commence à remonter sa jupe dans son enthousiasme.
C/  fixant les jambes de sa mère/ Vaudrait mieux pas qu’elle s’envole de trop !
M/  rabaissant sa jupe ,vexée / Le blond,  « the light of stars »,le blond de ta chevelure qui éclaire la pellicule dans le jeu du noir et du blanc…
R/ Moi,je regarde des trucs un peu plus…enfin,en couleur quoi !
M/ Ah bon,quels films ?
R/ Les Roseaux sauvages,Breaking the Waves,La vie rêvée des anges…
M/ Ah non,toutes ces actrices sans maquillage qui ressemblent à leur voisine de palier ,plates,incolores et inodores !!!…ah non,les fifties,c’était l’âge d’or de la femme,du glamour…
C/  se moquant/ Surtout dans le Limousin !
M / vexée/ Tu n’as jamais rien compris à l’art !On peut être belle même dans le Limousin !
C/ C’est sûr qu’au milieu des vaches,la concurrence est moins rude !
M/ Et à ton avis,pourquoi suis-je partie ?
Silence gêné
R/ Bon,ben je vais aller…
Elle s’en va dans  la cuisine
C/  une fois Raphie partie/ Moi,je voudrais surtout savoir pourquoi t’es revenue !!
M/ Ah ma chérie,attends,je t’ai ramené un petit quelque chose mais je n’ai pas eu le temps de l’emballer !!
Elle fouille dans son vanity et lui tend soudain un bâton de rouge à lèvres ,de la même marque que le vanity
C/ Je vois qu’on l’a déjà utilisé !
M/  Testé, ma Cherry, testé, it’s not the same!
C/ Tant que c’est pas testé sur les animaux !…Ils sont tous de la même marque et puis qu’est-ce que ça pue !!
M/ Mais pas du tout.Et d’abord,qu’est-ce que tu y connais au glamour et au chic ?C’est une excellente marque, Les lèvres aiment les textures-crème qui révèlent une sensualité extrême.Tout comme les ongles,elles s’habillent de couleurs ultra féminines,du rose clair au rose profond ;les yeux légèrement charbonneux portent des dégradés de gris,de brun,de bleu,illuminés par le jeu de teintes claires
C/ Ne me dis pas que tu es partie il y a vingt ans pour vendre ça ?
M/ Non,je suis partie pour honorer la mémoire de ton père…Mon pauvre Léon, vingt ans déjà que tu m’as quittée ;j’ai fait comme tu le souhaitais,tes cendres reposeront éternellement à côté de Marilyn.Pour toi,je serai allée jusqu’au bout de Marilyn.
C/ Je te rappelle qu’elle était déjà morte depuis 24 ans !
M/ Ne t’inquiète pas,j’irai la rejoindre bientôt !
C/ Tu sais très bien que le chantage affectif,ça marche pas avec moi !
M/ C’est l’affectif tout court qui marche pas chez toi !
C/ J’ai de qui tenir,non ?
Chérie et Muguette se regardent en chiens de faÏence
Raphie arrive à ce moment-là avec un énorme plateau dans les bras
R / embarrassée / Me voilà !
Elle pose le plateau sur la table ; Chérie regarde le plateau .
C / Mais qu’est-ce que c’est que tout ça ?
R/ Et bien,j’ai pensé qu’on pouvait grignoter un petit truc…/ Chérie et Muguette la regardent ,ébahies/ et oui,je savais pas ce qui vous ferait plaisir alors…
M/ Oh,qu’elle est adorable,absolutely charming !
Chérie,pour couper court,énumère le contenu du plateau :
C/ Des lentilles pas cuites,des yaourts périmés,des fraises tagada,et évidemment…des chips,à l’oignon,au vinaigre,(l’air dégoûté)oignon-fraise,vinaigre-abricot…
M / qui n’a rien écouté, occupée à admirer sa petite fille/ Ah la France,la France !!
C/ Un yaourt périmé,des chips,c’est ça/ l’imitant/ « La France »pour toi ? Alors,t’as bien fait de te casser !
M/ Pardonne-la mon Léon,elle ne sait pas ce qu’elle dit !
R/ Au fait,c’est qui Léon ?
M/  ne voulant pas admettre qu’elle l’ignore/ Mais Léon enfin,mon mari,ton grand-père …Chérie ?
C/  volontairement blessante/ J’ai dû oublier de lui en parler.Voilà ce que c’est quand il faut gérer l’absence de quelqu’un ...Et puis,il y avait « Marilyn »!elle passait avant sa fille et sa petite fille !!
M/ et moi,tu lui as dit quoi sur moi ?
Chérie ne répond rien
M triste se retourne vers Raphie qui est gênée.On comprend qu’elle n’a jamais rien su sur sa grand-mère
M/ Ma petite chérie,Léon et moi,c’était comme au cinéma,love ,love and love.D’ailleurs,c’était au cinéma .On était assis l’un à côté de l’autre ;moi avec ma taille fine,cheveux au vent,et lui avec son batônnet de glace/ Raphie contient un fou rire/ Je crois que nous nous sommes aimés à cet instant précis,quand elle est apparue sur l’écran,si belle ,si émouvante,si blonde.Elle était là, près de nous et nous nous sommes pris la main.Nous n’étions enfin plus seuls.Je l’avais lui,il m’avait moi…Et Elle était avec nous
C / en aparté avec tristesse/ Mais elle a toujours été avec vous
M/ quand la salle s’est rallumée,il m’a embrassée et le monde est devenu marron / regard interloqué  des deux filles/  Enfin noisette comme ses yeux.   Oh Marilyn,Marilyn, merci, merci de m’avoir donné un tel amour dans ma vie.merci, you lighted my life,thank you. Je remercie également le projectionniste d’avoir passé  « Bus Stop » ce jour-là Comme tu étais belle,Marilyn ! Ou plutôt Chérie…Comme le nom de ce personnage t’allait bien
C/ Oui,on sait ,et un an après votre rencontre,je naissais …mais brune,quel dommage !!
M / Mais enfin…ça peut toujours s’arranger !
C/  regardant les cheveux de sa mère/ Je ne sais pas si  « arranger » est vraiment le terme approprié
R / se laissant tomber sur sa chaise/ Ouaaaaah ! C’est hyper beau comme rencontre ! Je devrais aller au cinoche plus souvent parce que ça ,c’est pas devant un DVD que ça pourrait m’arriver !
M/ Une belle fille comme toi,tu n’as pas de boyfriend ?
R/ Non…enfin, non…
M /  non…non ? ou non, non !
R/ Ben…
M/  C’est difficile de LE rencontrer, n’est-ce pas ?
R/  Non, LE rencontrer , ça va encore, mais faire vraiment confiance à quelqu’un…De toute façon , « être amoureuse, c’est être faible », hein maman ?
C/ Oui ! faible, stupide et égoïste…
R/ Et puis…on est très bien toutes les deux
M/ Mais une mère ne remplacera jamais l’homme de ta vie !
C/ Ca dépend de ce qu’on entend par « une mère »
R / réfléchissant/ en même temps, c’est sur, ça doit être tellement bien! Passer sa vie avec quelqu’un qu’on aime,on en rêve toutes ! Le rencontrer  et comme ça, d’un seul coup,se dire qu’on pourrait tout quitter pour lui
C / pour elle/ c’est pas possible , c’est de famille ou quoi ?!
R/continuant/ …Etre heureuse juste parce qu’il nous prend la main,ce doit être merveilleux !
C/ Si ça avait été comme ça avec ton père,tu crois que ça aurait été si « merveilleux » que ça pour toi ?Mais t’aurais été de trop ! Je l’aurais regardé dans le blanc des yeux,il m’aurait regardée dans le blanc des yeux et je me serais parfois demandé ce qu’était la petite chose qui s’agitait à côté de nous… « Ah si bien sûr,j’me souviens…c’est ma fille » 
La suite est adressée à Muguette,mais Chérie revit la scène et donc ne regarde plus ni sa mère ni sa fille
C/  « Ma Chérie,prends le miroir dans le vanity,tiens,mets-toi là et tiens- le bien droit,que maman puisse recourber ses cils et redessiner le contour de ses lèvres…tu bouges voyons !Et la dernière touche pour que maman soit la plus belle :le gloss./ elle fait le geste de fouiller  dans le vanity / Alors ma Chérie,suis-je aussi belle que Marilyn ?Ton papa va m’aimer encore plus fort,tu ne crois pas ? Allez Cherry,va jouer maintenant »
Pendant ce temps, Muguette a pris un cadre dans son vanity et le regarde en pleurant.Raphie, bouleversée,  se plante alors devant elle et lui arrache ce qu’elle croit être un miroir .Elle le retourne alors et s’aperçoit qu’il s’agit d’un homme sur une photo en noir et blanc.
R/  surprise/ Alors,c’est lui mon grand-père ?
M/ Euh non,enfin … presque
C/ Tu vois,c’est exactement ce que je viens de dire .Ce n’est pas « Léon » c’est Arthur Miller,le grand Arthur Miller,dernier époux de Marilyn Monroe !!! Et pour elle,c’est presque son mari !/  s’emportant/ Mais tu t’prends pour qui ,hein? Elle est morte,ta Marilyn,tu comprends,elle est morte !! Et tu  sais ce qu’elle serait maintenant si elle était toujours en vie ? / Raphaelle va vers sa mère pour essayer de l’arrêter/  Elle serait comme toi ,un vieux pot de peinture blond, une bagnole toute déglinguée même pas bonne pour la casse.Tiens ,regarde toute cette bouffe sur la table,vas-y,fais comme Marilyn, bois et bouffe,bouffe tout,tu auras encore plus l’air d’une des vaches de ton Limousin ! / Elle lui arrache la photo/ Et lui,tu lui as demandé son avis ?Tu crois que ça lui plairait de partager ta vie,d’être trimballé dans ton putain de vanity ?Je crois pas non,la preuve,il l’a quittée ,ta Marilyn !!
Chérie va déchirer sa photo ou briser le verre
M/ Stop it, stop it!! Je sais bien que c’est Arthur Miller mais c’est tout ce qu’il me reste de Léon.Toi t’as ta fille,ta vie,moi …j’ai mon vanity .Tu dis que je t’ai abandonnée quand ton père est mort mais c’est toi qui a choisi de rester.Nous aurions tellement voulu que tu sois avec nous pour ce voyage
C/ Ce voyage ? enceinte de huit mois!! Bien sûr, j’avais rien de mieux à faire que d’aller jeter des cendres à Hollywood ! Mais non, suis-je bête !J’aurais pu, que dis-je, j’aurais dû accoucher sur la tombe de Marilyn !!!
R / C’est quoi cette histoire de tombe ?
C/ Rien,rien :maman,papa,Marilyn et personne d’autre,ni toi,ni moi
Chérie  s’effondre Raphaëlle la prend dans ses bras
R / neutre, à M/ Pourquoi t’es revenue ?
M/  troublée par les pleurs de sa fille/ A cause d’Arthur
R/ Quoi ?
M / Arthur Miller,il est mort.
R/ Oh,si tu enterrais les morts pour une fois ? Ca fait une semaine qu’on entend parler de ça à la radio,alors je sais qu’il est mort !!J’te demande ce que tu fais là chez maman,ta fille,et accessoirement chez moi,que tu ne connais pas,ce qui,  entre parenthèses,  ne t’a jamais dérangée jusqu’ à maintenant !
M/ Et pourquoi ne serais-je pas revenue ? / sans pathos/ C’est vous ma famille ! Et puis,mieux vaut une mauvaise mère que pas de mère du tout. / devant le regard incompréhensif de R/ Et bien,je vois qu’on a beaucoup parlé de moi dans cette maison !
C/ C’est bon,arrête !!
R/ Attends maman,qu’est-ce que c’est que cette histoire ?/ regardant C comme si elle lui reprochait de lui avoir caché des choses-
M lui prend la main,R surprise se retourne vers elle
Changement de lumière,une lumière rose isole Muguette qui regarde toujours Raphaelle :
Muguette / Comment vous appelez-vous ?

Léon ?

Oh non,moi je trouve ça très joli ...
Si vous saviez comment je m’appelle…

Oh non,j’oserais jamais vous le dire…
Elle baisse les yeux en rougissant et pendant ce temps,lache la main de R  et se tourne face public.
Vous m’appelleriez comment ?

Ah, « Jean » …comme Norma Jean…
Vous le pensez vraiment ?

Non, mon prénom c’est Muguette…oui,avec un M comme Marilyn mais … Muguette !
Je n’ai pas choisi mon prénom,vous savez,d’ailleurs je me demande bien qui l’a choisi !!

A l’orphelinat.Sans doute Sœur Marie du Christ,elle ne pouvait pas m’encadrer celle là !!
Regards de R et C

Vous non plus,vous n’avez pas de parents ?

C’était bien comme film ,et qu’est-ce qu’elle est belle  .

Vous trouvez que je lui ressemble ?Je suis bien trop brune !!
Elle passe sa main dans les cheveux.
/fermant les yeux/ Votre main s’abandonne et s’attarde au creux de mon épaule…je vous regarde…vous êtes si grand…embrassez-moi encore.Votre bouche dessine le contour de mes lèvres…je n’ai plus froid,fermons les yeux.

/ regardant à nouveau face public/ Je n’ai pas envie de partir

Vous non plus ?

Ah,ne jamais se quitter ?
Vous êtes complètement fou !(rougissant)

Dans un rire  Un enfant ?2,3,4 ?Arrêtez,nous ne sommes plus au cinéma ! Remarquez,ce serait tellement  joli une vraie famille !

Raphaëlle pose la main sur l’épaule de Muguette ; Elle devient un personnage de film noir des années 50. Elle allume une cigarette avec un fume-cigarette. Muguette devient « Jean » et Raphaëlle, « Betty»
R-Betty/ C’est fini Jean… Les flics ont descendu Charlie. Tu ne peux plus leur échapper.
J-Muguette / Oh no! I can’t believe it! Hier encore nous nous sommes embrassés … Oh Charlie…
B/ Tout ça , c’est du passé maintenant. Tu ferais mieux de te tailller si tu ne veux pas finir en cabane !
J/ Mais où irai-je ? Oh Betty , aide-moi !
B/ Désolée ma grande, chacune pour soi : c’est comme ça que je m’en suis toujours sortie.
J/ Mais les flics ne viendront pas me chercher chez toi !
B/  en riant ironiquement / Tu crois ça ?! Really ? Comme tu es naïve…
J/  Toi ! c’est toi qui a balancé Charlie !
B/ On ne peut rien te cacher !
J / But why, why ?!
B/ Je n’en pouvais plus de te voir avec lui ! Il aurait du être à moi. Maintenant qu’il est mort, tu vas savoir ce que c’est de souffrir. A mon tour de m’amuser.
J/  Tu as détruit  ma vie !  I’m gonna kill you ! I’m gonna kill you! I’m gonna kill you!
(en étranglant Betty)
Changement de lumière, Raphaêlle redevient elle-même, toujours étranglée par Muguette, encore dans son imaginaire.
Raphaëlle /  Hé ho !! On se calme ! C’est pas la Paramount ici !
Muguette lachant Raphaëlle :
M/  Oh pardon ! pardon ! Je ne sais pas ce qui m’a pris.
R/ Je ne savais pas que j’avais une grand-mère psychopathe ! Dis-moi la vérité : Tu es venue te planquer ici parceque tu es recherchée par le FBI ?!
Chérie/  ironiquement/  Tu vois de quoi je t’ai préservée…
R/  Merci pour tout maman! J'espère qu'elle ne va pas se croire dans "Arsenic et vieilles dentelles". Faudrait la mettre sous neuroleptiques, ou alors, encore mieux, on l'envoie à Sainte Anne!
M / Sainte-anne? C'est un hôtel? ça sonne si frenchy...Du repos, oui... du repos, sinon je craque. Et moi qui voulais justement trouver un havre de paix sur Paris ! /à Chérie/  Un appartement cosy, tu vois?
C/  Ah, nous y voilà!  Pour une fois que je peux te servir à quelque chose. Ce n’est pas ta fille que tu es venue voir mais l’agent immobiler, n’est-ce pas ?
M/  Mais les deux, Chérie, les deux !
C/, trés professionnelle/  Bien! J'aurais besoin de quelques précisions concernant vos attentes. Quel quartier? Quelle superficie? Quel budget?
M/ Oh, rien de spécial : un grand salon, une grande chambre, deux dressings, une cuisine... américaine, « of course », ce sera juste pour la déco parce que je ne cuisine jamais. Et puis surtout, surtout la salle de bains avec hammam, jacuzzi, bain à remous, et mon placard à vanitys!Ah, aussi, crois-tu que je puisse avoir une terrasse avec un ou deux palmiers? Et puis, le plus près possible de la plage, bien entendu...
R/  Mais il n'y a pas de plage à paris!!
M/  Ah si ! Absolutely! Ils en ont parlé à Fashion TV!
C/  Paris plage !! Oui... si tu habites sous les ponts l'été, il n'y a pas de problème.
R/  Et puis pour les bains à remous aux huiles essentielles, tu as la Seine!
C/  Bon, sérieusement, bien que notre cabinet soit l'un des meilleurs sur la place parisienne, concernant les palmiers et le jacuzzi, je ne peux accéder à votre demande. Alors que penseriez-vous d'une coquette studette avec une mignonnette kitchenette dotée d'une vue imprenable sur les toits de paris?...
M/   Wonderful!! Une terrasse avec vue panoramique!
C/ Forcément, c'est au septième étage sans ascenseur et je n'ai pas parlé de terrasse.
R/  Maman! fais un effort: tu la vois monter sept étages avec ses talons aiguilles!
M/  A propos, ça fait combien de pièces une "coquette studette"?
C/  Une seule : 15 m2 tout compris!
M/  Mais c'est la taille d'un dressing!
R/  A ton avis, pourquoi je suis encore chez maman ?
C/  C'est hors de prix Paris en ce moment. Il faut prendre son temps pour trouver quelque chose de bien. Qu'est-ce que tu comptes faire, alors?
M/  Je ne sais pas trop...
C/  Tu as assez d'argent?
M/  Oui... d'ailleurs ... si tu as un hôtel à me conseiller...
C/  Il y'en a un charmant, à deux pas d'ici. Tu y seras bien...On pourra se voir?
R/  Mais maman, il y'a de la place dans la chambre d'amis ! Si elle évite de m'étrangler, elle peut rester là!
/M et C se regardant/
M/  Je ne sais pas si c'est vraiment …
C/ … une bonne idée?...
/M et C se souriant/
M/ Crois-tu que si je reste …
C/ …quelque chose va craquer ?
M/ « Something’s got to give »…




NOIR : une des fenêtres de l’appartement sert d’écran sur lequel sont projetées des infos d’époque telles que la  mort de Marilyn.

La scène s’éclaire sur Muguette, allongée sur le canapé, comme si elle était en séance de psychanalyse :
M/  Des vêtements gris, informes et qui cachaient mon corps : c'est tout ce dont je me rappelle. Mes parents? il ne m'en reste aucune image. C'était la guerre, l'occupation, les bombardements... Du moins, je crois... Je n'ai pas vécu tout ça. Un bâtiment gris, triste et sale où je me sentais si seule : voilà mon enfance! A l'orphelinat, j'étais obligée d'emprisonner mes cheveux dans une tresse comme toutes les autres petites filles. L'hiver, nous brisions de la glace pour nous laver. Plus tard, mes seins ont commencé à pousser et nous devions les faire disparaître en serrant autour d'eux un épais tissu. Se cacher...toujours...Ne pas être femme. Etre invisible, baisser les yeux, abandonner tout désir. / puis s'adressant au public/  Mais ce n'est pas moi, ça! Ce n'est pas moi!!!
Moi, j’ai besoin d’être libre, besoin de marcher sans but, juste pour le plaisir d’être une femme : la robe qui laisse enfin deviner mes formes. Je respire…Je me balance au rythme de mes hauts talons.Peu importe les « qu’en dira t’on » . Le jour où je l’ai vue sur l’écran, j’ai compris que la liberté était un pouvoir. Adieu bâtiment gris, tresses et uniformes, maintenant une autre image guidera ma vie et cette fois elle sera en technicolor. Ça peut vous paraître superficiel, mais à l’époque, s’admirer dans une glace, c’était  déjà presque du féminisme. J’ai été heureuse, vous savez. J’étais une femme, une amante, une mère. Oui, j’ai été tout cela pour Léon. Et nous n’avons jamais cessé d’être libres l’un pour l’autre.Vous voyez : je ne suis pas Marilyn…Nous avons eu Chérie… si petite dans nos bras. Ça nous était bien égal d’être réveillés toutes les nuits. Nous n’avions pas assez de miroirs pour l’admirer. Je lui montrais notre image dans la glace et je lui demandais « qui c’est ma Chérie ? », et c’était maman, c’était papa et c’était bébé Chérie. / début de la musique de « Mom’s gone away in the city » en fond sonore/ Oui, je sais que ça fait cliché, mais c’était le plus beau cliché du monde. Nous voulions que tout soit lumière, que tout soit couleur autour d’elle, qu’elle soit heureuse comme au cinéma. Le scénario nous semblait idéal, mais le film nous a échappé. Chérie… si on tournait une dernière scène ?...

NOIR :  puis chanson de Chérie ( dans l’esprit de la chanson « put the blame on mame » du film « Gilda » ) :

Mom’s gone away in the city

Refrain/ Mom’s gone away in the city,
Left a melody in my thoughs.
Mom said her baby is so pretty
But crossed the road and closed the window.

1/ Now, she’s just walking down the streets.
The years have proved her dreams are faked.
And she could bring me back one kiss,
Embracing her baby she left.

Refrain

2/ Come away with me sweet mummy,
Take your flight on my melody.
A lullaby is born today
But you broke his wings suddenly.

3/ You are my only star
Marilyn is so far.
I want to be your star
But I’m alone at last.

I pray and I pray,
I forgot yesterday.
I pray and I pray,
I regret yesterday…


NOIR

La scène s’éclaire sur Chérie, assise sur le canapé :
C/ Des regrets ? Pourquoi voudriez-vous que j’aie des regrets ?! J’ai une vie formidable, un travail passionnant, une fille adorable, un ex-mari qui ne m’embête pas et une femme de ménage qui fait même la poussière sous les meubles.  Evidemment, j’ai ma mère… Au moins, j’ai été tranquille pendant 20 ans. Vous me trouvez dure, n’est-ce pas ? Vous ne la supporteriez pas un quart d’heure. Comme tout le monde d’ailleurs…à part Léon…Léon ? C’est mon père, enfin, c’était mon père…ça, ils formaient un couple parfait !  Dans la plus pure tradition hollywoodienne comme vous dirait ma mère ! Vous ne pouvez pas savoir combien ça peut être chiant de vivre avec les « Bonnie and Clyde » du Limousin ! J’ai du batailler ferme pour rester équilibrée. Tenez, par exemple, les cendres de mon père sont sur la tombe de Marilyn. Comme si ça pouvait lui faire quelque chose à cette pauvre femme ! C’est mes parents qui ont décidé ça ensemble… Ah non ! Ils n’ont jamais eu besoin de sniffer quoi que ce soit pour que leur duo soit explosif ! Ils ont toujours été complètement dingues ! En attendant, elle a fait brûler mon père et l’a emporté loin de moi sans voir que j’avais mal… Ah si ! Elle voulait que je vienne avec eux, mais pourquoi y serais-je allée ?! Pourquoi j’aurais dû partager mes parents avec une morte ? Et encore, si ç’avait été une actrice oubliée… Mais comment voulez-vous échapper à Marilyn ? A chaque coin de rue, je vois son image. A chaque fois je me sens de plus en plus abandonnée. Je sais qu’elle est partie quand j’avais 25 ans ! Et alors ?... J’avais encore le droit de me sentir toute petite !
/elle réfléchit , puis tout d’un coup , avec un sourire un peu triste/  Peut-être que je peux encore ?...  me sentir toute petite … Il faudra juste qu’elle m’aime… pardon ! Qu’elle m’aide. Je voudrais qu’elle m’emmène avec elle…
 Douche lumière sur Chérie, elle pose la main sur son ventre.Elle  entend Muguette côté cour,  puis Raphaëlle, côté jardin :
M / Quelle idée de tomber enceinte alors qu’on doit partir. Ce voyage devait changer notre vie, et toi, tu veux gâcher la tienne et la nôtre en restant ici. Tu es complètement inconsciente ma petite fille…vous êtes complètement inconscients ! Et d’abord : qui est le père ?! Et puis c’est quoi encore cette histoire ?! C’est pas parce qu’on est enceinte qu’on ne peut pas prendre l’avion. C’est un faux prétexte : dis plutôt que tu cherches à me fuir. Moi qui voulais que tu comprennes qu’être une femme, ce n’était pas seulement être une mère !

R/  Maman, maman ? C’est moi…enfin…presque moi : j’arrive dans 3 mois. J’ai hâte ! Dis ? Quand je serai là, tu ne nous laisseras pas, papa et moi ? Comment il est papa au fait ? A qui je ressemble ? Et toi, à qui tu ressembles ?...

NOIR : projection de films de famille en super 8.

Lumière sur Raphaëlle, assise sur la table basse :
R / Je n’ai pas grand-chose à dire. En fait, j’ai pas vraiment de problèmes. Si vous voulez, je peux en trouver quelques uns ? Je suis /elle bute sur le mot/  chipsophile, bref, boulimique des chips, quoi ! Vous croyez que ça se soigne ?... « Un manque affectif à combler » ? Bonjour la psychologie de comptoir ! Non, pour le manque, adressez-vous plutôt à ma mère…et à ma grand-mère. J’espère seulement que c’est pas génétique !... Si je ressemble à ma grand-mère ? A première vue, pas du tout. Mais vous savez, je viens juste de la rencontrer, alors… Je ne ressemble d’ailleurs pas non plus à ma mère, mais j’aimerais bien… Elle voudrait toujours avoir l’air d’une wonderwoman ! Seulement il y a son regard enfantin et son sourire parfois fragile. Elle a un truc vraiment à elle : sa façon de bouger, de s’asseoir, de se recoiffer, même d’enlever ses chaussures ! C’est comme si elle était toujours en train de demander « Est-ce que tu m’aimes ? » Mmhh… En fait, je ne suis pas sûre de vouloir lui ressembler… Vous pouvez barrer ? Oui, parce que c’est pour ça que papa s’est tiré. ça l’a usé de toujours devoir lui prouver qu’il l’aimait. De toute façon, ça ne servait à rien. C’est drôle, je trouve que quelque part, elles se ressemblent…Oui, ma mère et ma grand-mère !... Oh non ! C’est pas flagrant mais… c’est con ce que je dis, à la fois c’est naturel. Non mais j’ai l’impression que ma grand-mère admire maman et ça me touche. Malgrè toutes les vacheries qu’elles se balancent ! Ce qui est bête, c’est qu’elle se sont loupées… Non, non ! Marilyn, le voyage aux States : tout ça c’est des prétextes. En fait c’est le chat qui se mord la queue, enfin, le serpent ! Y a ma mère qui court après l’amour de sa mère qui court après l’amour de ma mère et ainsi de suite… Bon ok, moi aussi je cours après, mais enfin…rien à voir ! D’ailleurs il ne m’a pas encore rappelée ! Mais qu’est-ce qu’il fout !! /sonnerie de portable/  Allo ? /faussement surprise/ Ah, c’est toi Mathieu !... Un ciné ? Ce soir ? Hmm…Why not ? Ok, tu passes me prendre à 7 heures. /  puis avec un sourire amoureux/… Moi aussi… /elle raccroche puis avec un geste triomphant/  Yes !!


NOIR : puis chanson de Raphaëlle, Muguette et Chérie( dans l’esprit des « Andrew’s sisters ») :

  My heart belongs to mummy 

R, C, M:
My hearts belongs to mammy,
My hearts belongs to you
That's why I am so happy
When I stay near of you
 
R, C, M:
When the lights
M:
When the lights
C:
When the lights
R, C, M:
Take you far away from me
R:
You just bright
C:
You just bright
R, C, M:
Like a star in the sky I see
R:
You are so sweet oh mammy
C:
My dearest dearest baby
M:
My sweet daughter, like to me
R, C, M:
You're wonderful and pretty
 
C:
Oh please mammy, embrace me,
I really want to be kissed
M:
Tenderness is not for me
But I love you at least
R:
That's why my heart, my body
Call a man I missed
R, C, M:
I don't wanna be lonely
I want my life complete










NOIR

Raphaêlle, Chérie et Muguette sont toutes les trois sur scène. Raphaëlle accroche le portrait d’Arthur Miller sur le mur face public, après l’avoir montré comme une relique.  Muguette et Chérie sont de chaque coté du portrait, à genoux comme si elles priaient.

M/ Je vous salue Marilyn, pleine de grâce.
C/ Le seigneur n’a pas toujours été avec vous.
R/ Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
M/ Prions ! Oui ! Prions en ce jour béni où nous nous retrouvons pour communier.
C/  Je prie pour que ce jour soit béni.
Silence. Puis on entend une voix masculine. Le portrait de Miller s’allume en rose fluo :
Muguette ? Chérie ? Vous voilà enfin réunies en ce jour béni…
C’est pas trop tôt ! On n’a pas idée de ne pas se causer pendant si longtemps. Tiens, pendant qu’on y est , et si vous passiez voir ma tombe un de ces jours ? Vous allez voir, elle est spacieuse et bien orientée : j’ai le soleil toute la journée ! Pas mal, non ? Au fait, pas de fleurs s’il vous plaît, je ne peux pas les arroser !
  


Une lettre tombe du plafond , Muguette se jette dessus et la lit, Raphaëlle et Chérie à ses côtés :

Chères toutes les trois,
Je vous écris de là où je suis !
Imaginez-moi : une gitane maïs au bec, un verre de Scotch à la main (ne t’inquiète pas ma Mumu, le Scotch, ici, c’est de l’Ambroisie), assis dans mon fauteuil-club, les pieds massés par quatre petits angelots, main d’œuvre efficace et pas chère. J’ai cinq minutes pour vous écrire car je viens de piquer un sprint et mes ailes avaient sacrément besoin d’un bon contrôle technique ! Du coup je les ai laissées chez le garagiste./musique jingle paradis puis  voix off du garagiste/ « Ah non, pour les ailes, va falloir un bon coup de peinture, par contre, votre voisine, là, rien à dire sur la carrosserie !! »)
Muguette/  angoissée/   Quoi ! 
Chérie lui prend la lettre et en continue la lecture :
Mais non ma Mumu, ne t’inquiète pas, je suis toujours ton « lover » / on entend un extrait de « Love me tender »/  Ecoute plutôt qui est à côté de moi / roulement de tambour, puis on entend le « poo poo pidoo » de Marilyn, suivi d’un  coup de cymbales/   Et oui !! Marilyn /applaudissements/
Elle n’a pas pris une ride ! C’est l’avantage du paradis. D’ailleurs, moi j’ai pris un sacré coup de jeune.
Mais je vous trouve pas mal non plus / extrait de  « Vous les femmes »  de J.Iglesias/
On peut dire que vous êtes de sacrés numéros / même extrait de  « Vous les femmes » de  J.Iglesias/
J’en ai rêvé et Dieu l’a fait : toutes les trois, vous êtes mon idéal : my first, my last, my everything !/ encore le même extrait/ Vous me manquez tellement  …
/toujours le même extrait/
Eh ! En bas ! Ta gueule !!
Elle ne m’en voudra pas, mais je donnerai n’importe quoi pour être avec vous plutôt qu’avec Marilyn…
Bye bye babies…

NOIR

On entend une musique style années 50, ponctuée d’extraits sonores de films de Marilyn Monroe.
La lumière s’allume. Chérie et Muguette finissent de préparer leurs  valises. Elles sont toutes deux habillées pratiquement de la même manière.. Muguette a les cheveux attachés et sa tenue est plus classique qu’auparavant, Chérie a détaché ses cheveux. Elles semblent complices. Dans une des valises elles mettent deux pierres avec épitaphes, qu’elles montrent  face public : « à mon époux » et « à mon père ». Raphëlle sort de sa chambre, la musique cesse.
R/  Faut que je vous laisse, je suis en retard pour le TD ! /elle les embrasse rapidement en enfilant son manteau/ De toute façon, on se retrouve ce soir à l’aéroport ! Ah, au fait ! /elle va chercher un cadeau/ Tiens maman ! C’est pour votre voyage ! / elle les ré-embrasse et file vers la sortie. Elle s’arrête une seconde à la porte et regarde sa mère et sa grand-mère en souriant, puis  elle part.
Chérie s’asseoit pour déballer  le paquet : c’est un vanity. Elle l’ouvre lentement.On entend le son d’une boîte à musique.  La lumière change et devient plus douce. Muguette s’approche, s’asseoit à côté de Chérie, prend un rouge à lèvres dans le vanity et commence à maquiller et coiffer Chérie avec tendresse.  Elles se regardent.  La lumière s’éteint peu à peu.

NOIR

12 ou 13 ans plus tard.
 Raphaëlle est dans son appartement, son look est  glamour et moderne. Elle a une petite fille de 5 ans : Norma,  dont on imagine la présence sur scène.  Raphaëlle  prépare la table basse pour un apéritif (coupes à champagne  et bol de chips ; elle repart vers la cuisine et s’arrête soudain :
R/ Chéri ! J’ai oublié le pain !... Oui, je sais, encore ! Tu ne voudrais pas aller m’en chercher ? Elles vont bientôt arriver. /s’adressant à sa petite fille/ Non, non Norma, tu restes avec maman ! Papa va juste acheter du pain. /à son mari/ Oui, le complet , comme d’habitude.
/puis de nouveau à Norma/  Norma, je t’ai dit non ! Tu ne touches pas encore aux chips. On attend que Mamie Chérie et Mémé Muguette soient là...Non, mon cœur, Mamie Chérie ne va pas te ramener un lama en peluche comme la dernière fois, même si tu l’as laissé exploser dans le four à micro-ondes parce que tu croyais qu’il avait froid. Là, elle revient du Tibet ! Avec un peu de chance, elle va nous ramener du beurre de yack !... Quoi ? Tu veux le yack Barbie ? Là, on va demander à Mémé Muguette !...Oui, oui ma puce, c’est vrai qu’elle est belle, Barbie, mais toi tu es beaucoup plus belle !... Qu’est-ce que tu dis, Norma ?... Oh, tu me trouves beaucoup plus jolie que Barbie… Merci tout plein ma chérie…/regardant sa montre/  D’ailleurs, il est temps que maman se fasse encore plus jolie ! / elle repart  dans la chambre, revient avec un vanity. Elle s’asseoit sur le divan, pose le vanity sur la table basse et l’ouvre. Puis elle enlève ses chaussures avec les même gestes que Muguette et Chérie. Elle prend Norma sur ses genoux. Elles se regardent dans la glace toutes les deux. Raphaëlle prend un rouge à lèvres, commence à se maquiller puis s’arrête. Elle pose tendrement sa joue contre la tête de Norma et chantonne en la berçant/  « I want to be loved by you, just you, nobody else but you… »

La lumère s’éteint lentement.

THE END



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