Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

lundi 9 mai 2011

"Portrait de créature", chapitre 4-6

Portrait de créature – Chapitre 4

6



« Et pourquoi m’as tu appelé, moi ?
- Mais parce que c’est ainsi que cela doit être - répond il, visiblement étonné - je
suis le messager des bois, il en a toujours été ainsi depuis le début des âges…
- Je comprends… » En réalité, je ne devrais rien comprendre du tout et pourtant,
une partie de moi-même entend ce langage…
Nous courons toujours sur le chemin quand soudain le renard s’arrête, tourne la tête
vers la forêt et me dit « Par là ! ». Puis il pénètre dans le sous-bois plongé dans
l’obscurité. Je le suis sans crainte car tous mes sens éveillés peuvent aussi bien me
diriger : l’odorat, le toucher de la plante de mes pieds, le souffle des vents sur mon
visage. Et puis, la forêt résonne de tous les échos des animaux et des arbres qui nous
guident dans la forêt:
« Par là ! Par là ! Dépêchez-vous ! Vite ! Par là !... »
Nous courons comme les chasseurs entraînés que nous sommes. Aucune branche ne
craque sous nos pas, les plantes amies se sont fait tapis de velours pour rendre notre
chasse sourde et silencieuse. Les branches des jeunes arbres caressent mon visage et
me régénèrent de leur amitié sylvestre. Ce que nous pourchassons, je le sais, ce sont
les deux silhouettes sournoises et furtives que j’ai entraperçu tout à l’heure…Mais nous
risquons d’arriver trop tard…
Je me hâte, je cours, les lèvres retroussées sur mes dents, l’oeil dur et les poings serrés.
Je sais que quelqu’un réclame notre aide. Dans ma course éperdue, je m’aperçois que
le renard n’est plus devant moi, mais à mes côtés. Je connais parfaitement le chemin,
comme s’il était inscrit en moi, aussi n’ai-je pas véritablement besoin de lui pour me
guider. Mais sa présence m’aide… Mes pieds sont maintenant chaussés de la terre
des sous-bois, ce qui est très agréable. Il y’a longtemps que je n’avais ressenti une telle
impression de danger, d’urgence…et de liberté…
Le renard est aussi inquiet que moi, je l’entends à son souffle court et retenu.
Nous nous dirigeons vers le haut d’une falaise baignée dans le sous bois et qui
surplombe la mer. Notre course est de plus en plus rapide, de plus en plus angoissée.
Le vent nous fouette jusqu’au sang et de sombres nuages, imposants dans le ciel étoilé,
viennent cacher la lune. La nuit est encore plus noire, mais cela importe peu pour le
renard et pour moi-même.
Une pluie violente commence à tomber et nous pique le visage, nous sommes vite
trempés mais nos regards sont toujours aigus et nous courons, nous courons, poussés
par les voix de la forêt :
« Vite ! Vite ! Oh, plus vite !... »
Une fois en haut de la colline, nous nous arrêtons…Là, au creux d’un rocher, gît le corps
d’un jeune homme, encore brûlant de vie et de peur. Du sang coule de sa tête. « Trop
tard ! Nous arrivons trop tard !... » me glisse le renard.
Je ne lui réponds pas et m’agenouille prés du corps trempé par la pluie, guettant le
moindre signe de vie…Mais il est mort, depuis très peu de temps, mais bien
mort…Troublé, je reconnais les yeux de loup du cadavre de mon rêve…Je reconnais ce
corps sec et noueux, ce visage triste et nerveux figé dans la mort. Je lis la peur, l’horreur
sur ce jeune visage…Il a été tué, frappé de coups à la tête. Mes doigts ruissellent de
son sang, vite lavés par la pluie. Je le reconnais : c’est Lucien…
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