Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

lundi 9 mai 2011

"Portrait de créature", chapitre 4-1


Portrait de créature – Chapitre 4

1
 
Un voile couvre mes yeux… La lecture de ce texte ne m’apprend pas grand chose. C’est un salmigondis de toutes les croyances locales. C’est joli et parfaitement débile. Et maintenant je suis passablement fatigué. Je crois que je rentrerai à Paris dès demain.
Je suis seul, dans le bureau du père Virot. En attendant le retour de ce « cher » prêtre poussiéreux, je regarde les rayonnages de la pièce : de vieux grimoires, de vieux bouquins noirâtres dont je ne voudrais pas chez moi et quelques photographies… L’une d’elle montre un père Virot beaucoup plus jeune…Même regard inquiet, mais une
apparence bien plus esthétique : des cheveux qui paraissent très sombres sur le portrait jauni, un menton sec mais bien dessiné, un nez de corbeau non dépourvu d’un certain charme, il se dégage bizarrement une sorte de douceur de ce visage par ailleurs timide.
Décidément, il ne fait pas bon vieillir.
J’entends des pas dans le couloir et la porte s’ouvre, toujours en grinçant, bien sur.
C’est la très chère servante œcuménique de l’endroit :
« Ah, vous êtes encore là ? Je venais faire les poussières » Je m’en étonne car la pièce ne fait visiblement pas l’objet de soins constants, à moins que « faire les poussières » ne signifie simplement «déloger» l’hôte pas vraiment désirable que je suis.
«Oui, j’attendais le Père Virot
- Oh, c’est pas la peine, il est parti, vous feriez mieux de faire pareil.»
Le moyen d’être aimable avec ça ! Je quitte donc le presbytère avec des sentiments mitigés. Rien de concret dans ce que j’ai pu apprendre. C’était bien joli et poétique, mais…
Ma curiosité est sérieusement émoussée, et après tout Whenilia et Léandre sont morts tous les deux.
Je remonte vers la maison familiale en prenant bien soin de ne pas m’attarder dans la forêt. J’achèterai peut-être une médaille de Saint Lucien ? Oh et puis je ne vais pas commencer à réagir comme un plouc !…De toute façon, il ne se passe rien cette fois-ci.
En arrivant en vue du domaine, je tombe sur Émile qui s’amuse avec un gros chien beige à la bonne tête de nounours.
« Ah, c’est toi ? s’exclame mon plus jeune frère, C’était bien au village ?
- Heu, couci-couça…Je suis allé voir le père Virot.
- Beurk ! fait-il avec une grimace plutôt amusante, moi, je ne l’aime pas trop, il ne sent pas bon, il sent le moisi, et j’aime pas la messe. » Je ris. « Si tes frères et sœurs t’entendaient !
- De toute façon il n’y a que Bénédicte et Henri qui s’entendent avec le curé, alors…
- Et pas les autres ?
- Les autres, ils s’en fichent…Enfin, Lucien, il fait toujours plein d’histoires et il ne va plus à la messe, mais sinon, nous ça nous est complètement égal.
- Et bien si vous le vivez bien, ce n’est pas moi qui vais y changer quoi que ce soit.
- Oh et puis, toi, tu dois faire autre chose que d’aller à la messe à Paris ! » En disant cela, l'œil canaille de mon petit frère s’est allumé d’une lueur admirative. Il doit rêver d’aller à la foire, de s’amuser dans « une vraie grande ville »
« Tu n’as pas tort, le dimanche matin, en général, je dors !
- Ah, si seulement je pouvais en faire autant ! »
Je souris et caresse la tête du gros chien beige qui s’est tourné vers moi avec un bon regard quémandeur et je rentre dans la maison. Après ma visite au presbytère cette demeure décatie me semble tout à fait accueillante.
Une fois à l’intérieur, je vais directement dans la salle à manger me servir un verre de vin, j’en ai bien besoin. Victor est attablé, occupé à lire une pile de papiers qui me semblent être des factures et autres joyeusetés épistolaires. Je note au passage, à ses sourcils froncés et à ses lèvres serrées, que les nouvelles financières ne doivent pas être bonnes. Victor est l’aîné de la famille, on sent qu’il prend ce rôle à cœur, même si Bénédicte semble être le véritable pivot central de la fratrie. Je regarde l’heure à la pendule dorée, « artistiquement » posée sur la cheminée : il est plus de 17 heures! Je ne pensais pas être resté si longtemps absent ! Victor lève les yeux et me sourit :
« Tiens, Thomas ? On ne t’a pas attendu pour manger ce midi, mais si tu as faim, je pense qu’il y a quelque chose à la cuisine. Si tu veux, je vais te chercher un en-cas.
- Ce n’est pas la peine, par contre, je prendrai bien un verre de vin.
- Pas de problème ! »
Victor se lève et va chercher une bouteille et deux verres dans le buffet, énorme meuble noirci par les ans.
« Je me sers également un verre, faire les comptes est toujours déprimant…
- Je comprends. Je n’en ai pas vraiment l’habitude. Je délègue toujours ce fastidieux devoir.
- Oui, mais tu ne dois pas avoir de réel souci d‘argent. » en disant cela, son regard s’est fait légèrement distant. Je ne peux lui en vouloir, mes frères et sœurs ont sans doute du faire face à des ennuis que je ne connaîtrai jamais.
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