Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

lundi 9 mai 2011

"Portrait de créature", chapitre 3-6

Portrait de créature – Chapitre 3

6
 
 
« Continuez mon père, je vous en prie… »
Le père Virot pousse un soupir :
« Oui, je pense que vous avez raison… Je vous ai dit qu’elle était belle. Léandre et Whenilia formaient un couple merveilleux, en dehors de tout lien sacré bien sur, mais votre père était dans une extase telle que cela m’inquiétait presque. Il ne venait plus à l’église du reste… L’enchantement de Whenilia semblait lui suffire…Et votre mère a conçu…Elle semblait alors soucieuse. Oh je ne pense pas que le fait de ne pas être mariée l’inquiétait, c’était bien autre chose. Elle et votre père parlaient beaucoup à l’époque…on ne savait de quoi, du reste…
Et puis une nuit, on a entendu de grands cris venant du domaine…Le maire et plusieurs villageois sont accourus et ont trouvé votre père en pleurs, blême et terriblement choqué. Il ne pouvait dire un mot. Tout le monde a cherché Whenilia, mais personne ne pouvait la trouver. Le lendemain, alors que tout semblait perdu, votre père est sorti de sa torpeur, s’est dirigé vers la forêt et vous a trouvé au pied d’un chêne, emmailloté dans la cape verte de Whenilia. Vous dormiez tranquillement. Je me souviendrai
toujours de la douceur avec laquelle il vous a pris dans ses bras…Il ne voulait vous confier à personne. L’après midi même, il est parti…
- Et ?...
 - Et il est revenu quinze jours plus tard…C’est là qu’il nous a dit qu’il vous avait confié à des étrangers…Il n’a jamais voulu nous dire à qui…Mais après sa mort, Bénédicte a trouvé, dans une cachette, une mallette qui contenait les papiers permettant de vous retrouver… »
C’est une histoire magnifique, belle et tragique.Un conte mystérieux que je comprends étrangement. J’en oublie presque que celui qui me le raconte ne m’est pas sympathique. Mais je ne pleure pas. J’ai pourtant la sensation de revoir les ombres solitaires de cette nuit où mon père m’a peut-être abandonné, mais par amour, me semble-t-il…
« Et Whenilia ?...
- Whenilia ? on ne l’a jamais retrouvée, mais on ne l’a pas cherchée longtemps. Votre père ne semblait pas s’en préoccuper.Il s’est vite marié avec Emilia, et tout aurait pu être oublié s’il était redevenu comme avant et si Lucien n’avait quelque peu suivi son étrangeté…Permettez moi de vous dire que je suis très heureux de
vous voir bien différent de vos parents, je pense que cela ne vous aurait guère réussi. »
Mieux vaut dire comme lui, même si j’ai le sentiment de ne pas être tout à fait d’accord…Un sentiment déraisonnable mais fortement ancré…Les bougies s’éteignent et seule la faible lueur d’une étroite fenêtre éclaire la pièce…
Puis j’entends sa voix de crécelle sournoise :
« Vous avez bien été baptisé, non ? »
Surpris, je le regarde…Je n’ai pas du tout été baptisé, ni hébraïquement, ni chrétiennement, mais je crois qu’il vaut mieux mentir :
« Mais…bien sur…Seulement, on n’est guère pratiquant dans ma profession, vous savez…
- Ce n’est pas grave, c’est tout de même mieux…Oui…Tout de même mieux… »
- Au fait, Pourquoi cet étrange prénom : Whenilia ? »
Le père Virot gratte sa barbe de trois jours (On ne peut pas dire qu’il soit vraiment présentable !) :
« Hmm ! Je ne pense pas que ce prénom aie vraiment été le sien…
- Et on ne connaît pas son nom de famille ?
- Elle n’avait aucune famille…Et ce prénom ne lui appartenait pas, à mon avis.
- Alors d’où vient-il ?’ »
Le curé de Lelieu se lève, et se tourne vers les rayonnages de sa poussiéreuse bibliothèque. Il n’est pas aussi grand que je le pensais et sa soutane est passablement rapiécée…
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