Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

lundi 9 mai 2011

"Portrait de créature", chapitre 3-5

Portrait de créature – Chapitre 3

5
 
 
Bizarrement, cette question me glace le sang. Pour cacher mon trouble, je hausse les épaules et répond mollement :
"Bof, rien, c’est assez joli, bien sur, mais moi, les plantes, je les préfère dans un vase. Et encore, si ce n’est pas moi qui les arrose !"
Le père Virot frotte ses mains couvertes de tâches brunes :
« Bien, très bien… C’est bien mieux ainsi »
Je n’ose lui demander ce qu’il entend par là, de peur d’entendre sa réponse. Je change alors de sujet.
« Et sur ma mère, que pouvez-vous m’apprendre ? »Il change d’expression, soudain grave et glacial :
« Elle n’était ni chrétienne, ni de chez nous.
- Oui, ça on me l’a déjà dit, mais d’où sortait-elle ? Une bohémienne?
- Possible, en tout cas, elle en avait le côté moqueur et bizarre, sans religion. Avec des yeux comme les vôtres. Pour être honnête, je n’ai jamais vu une femme qui lui ressemblât ! Elle paraissait se moquer de tout et surtout des gens de la région.
- Alors pourquoi mon père s’est il épris d’elle ?
- Je vous ai dit que c’était le poète de Lelieu, une personnalité comme celle de Whenilia ne pouvait que le fasciner.C’est pour cela que je suis ravi de voir que vous ne paraissez pas avoir hérité de ses bizarreries…
- Comment ça, des bizarreries ?
- Elle se prétendait la reine de notre « Lieu » et que bientôt, nous lui
appartiendrions. Elle était hautaine, mais douce, sauvage mais pourtant savante, légère comme un courant, comme une rivière et aussi insaisissable qu’elle. »
Malgré son apparente aversion pour Whenilia, je sens chez ce prêtre un trouble profond. Les mots qui lui viennent à la bouche pour la décrire ne lui appartiennent plus vraiment…
Perdu dans sa rêverie, j’entrevois, avec évidemment beaucoup d’imagination, ce qu’a pu être le jeune père Virot…
« Et à quoi ressemblait-elle ? »
Il tressaille, tiré douloureusement de pensées bien sombres :
« Elle était belle, si belle… Je n’ai jamais vu une beauté pareille…Et je suis certain que vous n’avez jamais pu voir une pareille perfection. Elle avait vos yeux, mais continuellement changeants, comme l’eau de notre océan, comme les ombres de notre forêt. Elle est apparue un jour d’automne… Brune et verte, la peau pâle, évanescente, mince, grande et pourtant si forte. Avec un rire et une voix émouvante, mais souvent impitoyable !Votre père a été le premier à la rencontrer, et dès lors il en a complètement
oublié Emilia, qui était la fille de notre maire. Elle a été furieuse mais n’a rien pu faire. »
Cette étrange histoire romanesque, dépourvue du moindre détail réel, me plonge dans une profonde affliction. Qui était donc cette mère étrange et envoûtante ? Les bougies se consument peu à peu et je sens des larmes monter à mes yeux…Le curé du « Lieu » s’en aperçoit :
« Excusez-moi de vous raconter tout cela, mais tout le monde vous en dirait autant ici et, je pense, avec des mots bien plus acerbes. Tout le monde pense que sa disparition est responsable de la déchéance de votre père et par là, de votre domaine. Toute
l’énergie de sa seconde femme et des ses enfants n’a rien pu y faire… »
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