Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

lundi 9 mai 2011

"Portrait de créature", chapitre 3-4

Portrait de créature – Chapitre 3

4
 
 
Un rictus un peu plus souriant ride de plus belle (façon de parler) son visage inquisiteur :
«Je m’en doutais…Permettez-moi de vous dire que vous vous exprimez d’une manière on ne peut plus…parisienne. Ce qui n’est pas une insulte du tout. On sent bien le
journaliste en vous. Vous devez être un homme cartésien, du moins je l’espère. Je suppose que c’est de votre mère que vous voudriez parler…
- Bien sur ! et de mon père et même de toute la tripotée de frères et sœurs que je me suis découvert. Après quoi, je remonte vite à Paris, car je ne me plais pas du tout ici.
- Comment ça ? » Ses yeux se sont fait plus sournois. J’ai l’impression de devoir rester particulièrement banal et cartésien. C’est étrange, mais l’avertissement de Lucien me revient en tête : pas d’allusion aux « Etres » !
- Oh, c’est tout simplement que je ne suis pas du tout à ma place ici, et que la campagne et moi, ça fait deux ! Les noces à Paris me manquent déjà. Et je dois vous avouer que je suis plus venu par curiosité qu’autre chose.
- C’est bien, c’est même très bien. Je dirai qu’une saine et franche curiosité n’a rien de malsain.Qu’aimeriez vous savoir ?
- Et bien, je pense que je devrais avoir droit, en premier lieu à un portrait des divers protagonistes de l’histoire. » J’essaie d’user des termes les plus neutres qui soient, je sens bizarrement que je dois convaincre ce fichu curé que je ne suis qu’un journaliste riche et débile, imbu de sa personne…
- Tout à fait…Je commencerai par votre père. J’étais encore jeune à l’époque, mais je me souviens très bien de lui à ce moment là. Votre famille était plutôt riche, assez repliée sur elle-même mais très cultivée. Votre père s’appelait Léandre, c’était le poète de la région. Un très beau garçon un peu dans votre genre, mais plus mince. En fait, Lucien lui ressemble un peu. Mais Lucien, comme vous avez du le constater, est d’une nature tourmentée, alors que votre
père était toujours heureux, gentil. Silencieux mais profondément gentil. Il aimait particulièrement s’occuper des chevaux de son écurie. Sa jument préférée s’appelait Guilane.-puis, avec un rire moqueur- ce n’était pas du tout un nom de cheval mais il avait des habitudes de rêveur. Ça lui venait de sa mère qui passait ses journées à lire des romans de pacotilles sur les chevaliers et autres
demoiselles en détresse. En fait, elle était plutôt sotte, mais bon…A l’époque, Léandre était fiancé avec la mère de vos demi-frères et soeur. Emilia était une bonne paroissienne, très sure d’elle, belle brune charpentée et je pense qu’elle aurait pu le faire redescendre sur terre si…
- Si quoi ?
- S’il n’avait rencontré Whenilia… »
Le père Virot me dévisage avec une lueur agressive, ma mère ne semble pas avoir été appréciée par ici. Je retiens ma respiration et attend la suite.
«Je pense que vous n’avez pas du entendre beaucoup parler d’elle, non ?
- Effectivement…Personne n’a voulu m’en parler, du moins pas clairement…
- Ça ne m’étonne pas…Nous vivons loin de tout, et certaines superstitions sont encore attachées à ce lieu. Enfin au « Lieu » » Je l’interromps :
- « Pourquoi tout le monde dit au « Lieu », cela vient-il du nom du village ?
- Non, pas du tout, Lelieu est une espèce de…Comment dire…Ah oui ! Une espèce « d’administratification » du « Lieu ». Dans les temps anciens, on ne parlait pas de la région, on ne parlait que du Lieu, de peur de le nommer sous son autre nom.
- Et quel est ce nom ? »Le curé aux yeux de fouine torturée ne me répond pas directement :
« C’est plutôt la forêt qu’on nommait, il y a longtemps, c’était la forêt des « Êtres », la forêt des Fées et des tribus païennes qui y célébraient des rites assez sanglants. Mais ce ne sont la que des fadaises, bien sur… » puis se penchant vers moi :
« Vous avez traversé cette forêt ?
- Oui…
- Qu’avez-vous ressenti ?"
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