Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

lundi 9 mai 2011

"Portrait de créature", chapitre 3-3

Portrait de créature – Chapitre 3

3
 
« Ah, c’est vous le monsieur de Paris. Oh, et bien à cette heure, il est au presbytère, bien sur ! C’est la maison juste là ! » elle me désigne une assez vaste bâtisse cubique, dépourvue de charme et aussi laide que l’église. De toute façon, le village entier me paraît immonde ce matin…
Je la remercie sèchement, sans lui demander son nom, mais ça m’est complètement égal. Elle doit être la cousine d’un neveu d’un oncle de Henri ou d’un quelconque autochtone et je n’ai pas l’intention de faire long feu à Lelieu. Bizarrement, j’ai plutôt envie de retourner dans la forêt. Et l’image puissante de la tête de cheval sculptée au dessus de l’entrée des écuries du domaine familial me revient sans cesse, comme si j’avais oublié quelque chose…Ou plutôt comme si elle était vivante et familière…
J’arrive devant l’entrée du presbytère. Dans une niche,à droite de la porte d’entrée, une vierge sourit, noyée de lierre et autres plantes grimpantes,. Sa robe, couverte de moisissures est néanmoins sculptée d’une manière fluide et légère. Son sourire, éthéré, ses yeux mi-clos en font une charmante figure qui n’a presque rien de religieux. C’est la vierge immaculée, telle qu’elle devait être avant de recevoir la visite de l’ange Gabriel et d’accumuler les ennuis…Pauvre gamine…On ne lui avait guère laissé le choix…
Je frappe à la porte, en notant l’absence d’une quelconque sonnette. Quelques secondes plus tard, une grande femme à l’allure masculine et revêche ouvre en grand les battants qui grincent horriblement et me toise comme si j’avais commis un crime de lèse majesté. Elle est vêtue de gris des pieds à la tête et tient une poêle plutôt vétuste
dans la main droite. Vu son allure canonique, j’ai affaire à la bonne du curé ! à mon avis, notre prêtre local ne doit pas s’amuser tous les jours.
« Oui, c’est pour quoi ?! » dit-elle en essayant d’être à peu prés aussi aimable qu’une porte de prison.
« Je m’appelle Thomas F…., Je souhaiterais parler au prêtre de Lelieu. Je ne connais pas son nom, mais j’aurais plusieurs questions à lui poser.
- Ah oui ! c’est vous, effectivement, j’aurais du m’en douter…Avec vos yeux…On ne risquait pas de se tromper ! (mais bon sang, qu’est ce qu’ils ont tous avec mes yeux !) Entrez donc, je vais vous annoncer. »Elle n’a pas daigné sourire une seule fois, visiblement, ma tête ne lui revient pas.
Je pénètre donc dans le saint des saints, c’est à dire une entrée mal éclairée (on dirait que c’est une habitude ici !) qui sent le moisi et la chandelle froide…
Après plusieurs minutes qui m’ont paru des heures, la servante canonique revient et m’indique d’un hochement de la tête une porte à peine visible au fond du couloir :
« Le père Virot vous attend. Allez-y, moi j’ai d’autres choses à faire… »
Je pénètre dans une salle médiévale, froide mais très éclairée par une multitude de bougies. C’est une sorte de bureau où les alignements des registres paroissiaux et autres livres anciens forment une espèce de tapisserie étrangement étouffante. Derrière
un bureau modestement ouvragé, le père Virot me scrute d’un air inquiet, assis dans un fauteuil qui simule une cathèdre. On peut tout à fait oublier que nous sommes en plein 20ème siècle…C’est un homme d’environ 60 ans , peut être moins, sec et très ridé avec
un regard noir et perçant. L’inquiétude semble être une seconde nature chez lui. Cela se lit dans ses traits aigus, dans son menton tremblant et sur ses lèvres fines et desséchées. Un rictus, qui pourrait passer pour un sourire, et un tremblement constant de sa personne achèvent un portrait plus que saisissant. C’est à peine si je remarque que le plancher abîmé est recouvert d’un épais tapis pourpre qui n’adoucit pas pour autant l’ambiance de la pièce.
«Bonjour, mon jeune ami, je vous prie de bien vouloir vous asseoir.» Je m’assieds donc, face à lui, dans un fauteuil similaire au sien. Il me paraît inconcevable que l’on veuille se confesser à un tel bonhomme, mais bon, il faut dire que je ne connais absolument rien à la religion…Et je ne m’en porte pas plus mal…
«Mon père, veuillez excuser cette visite un peu brusque, mais depuis que je suis arrivé, j’ai appris tant de choses étranges que personne ne peut m’expliquer. J’aimerais en savoir un peu plus et Bénédicte m’a dit que vous étiez un des seuls à pouvoir éclairer
ma lanterne qui vacille quelque peu !»
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