Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

lundi 9 mai 2011

"Portrait de créature", chapitre 3-2

Portrait de créature – Chapitre 3

2

Je me ressaisis peu à peu et comprends qu’il délire. Du reste, Bénédicte m’avait bien dit qu’il disait sans arrêt n’importe quoi. Malgré tout, l’épisode de la forêt m’embrouille encore le cerveau. J’essaie cependant de reprendre le dessus et de retrouver un esprit
sain dans un corps sain. Ne l’oublions pas : je ne suis qu’un charmant jeune homme riche.
Je lui réponds doucement, comme on parle à quelqu’un de pas très équilibré (Bon d’accord c’était moi qui perdait les pédales tout à l’heure, mais quoi ! Je me suis peut-être assoupi, enfin !) :
« Mais non Lucien, c’est normal d’aimer les belles histoires, je suis certain que nos frères et sœurs ne te veulent aucun mal. Ils aiment les contes de fées aussi, en tout cas moi je les adore »
Je prononce ces belles paroles débiles avec un sourire qui se veut rassurant, mais qui n’est guère réussi. Tout ça pour entendre :
« C’était à prévoir qu’il aimerait les fées … » Encore cette phrase ! Du coup, je ne me sens plus du tout fragile et c’est d’un ton sec que je dis :
« Comment ça , « c’était à prévoir qu’il aimerait les fées » ! ça fait deux fois en deux jours que j’entends ces mots, alors j’aimerais bien qu’on m’explique… »
Mon frère aux yeux de loup me regarde, surpris :
« Mais…mais, je n’ai rien dit !
- J’ai pourtant bien entendu ! Et hier aussi !
- Je te jure que je n’ai pas ouvert la bouche ! Ce n’était pas moi ! Oh Thomas, tu entends leur voix, comme ta mère…Papa me disait toujours qu’elle les entendait…
- La voix de qui ?
- Des Êtres… des tiens… »
Alors là, on atteint le fond du fond ! Soit il se paie ma tête, soit il est vraiment bon pour les électrochocs, et à haute dose en plus.
Je sais bien que je viens de perdre pied dans cette forêt pourtant enchanteresse (zut, j’aurais du utiliser un autre terme) mais je ne suis quand même pas prêt à enregistrer des fadaises pareilles.
Je le pousse et me dirige, enfin, vers le village…Je vais tout de même peut être réussir à l’atteindre…
« Où vas tu, Thomas ?
- Au village, voir le prêtre. Bénédicte m’a dit qu’il était déjà là quand ma mère a disparu. Je veux en savoir un peu plus »
Il me saisit par le coude, le visage tendu par une frayeur telle que j’entends le crissement de sa mâchoire
« Non, n’y va pas ! Je t’en conjure, n’y va pas. Retourne vite à Paris. Rien de bon ne peut advenir pour toi au Lieu. N’y va pas, ne t’en va pas connaître ta destinée ! »
Encore ! J’en ai vraiment ma claque de ces sentences sibyllines. Je le jette à terre, d’un geste violent, avec un regard mauvais très convainquant, ma foi…
Et je marche à grands pas vers le village. Je l’entends sangloter dans mon dos. Qu’importe ! Qu’il souffre après tout. Moi j’en ai par dessus la tête de ces campagnards qui font des mystères de tout et semblent prendre un malin plaisir à me faire devenir chèvre.
Dès que j’en sais plus sur ma mère, je me taille !
C’est d’un pas franc et décidé que j’emprunte le chemin qui traverse le village. Cette fois-ci je n’ai aucune pensée pour la nature qui m’environne. Sur la place du « Lieu », deux vieillards me dévisagent d’un air curieux. C’est assez banal, et, finalement ça me rassure. Je dirige mes pas vers l’église, bien visible et assez laide. Le clocher menace de s’effondrer et la pierre noirâtre, salie, du bâtiment n’est guère attirante. Sur le parvis, une jeune fille d’environs 20 ans, un bouquet de fleurs dans les mains me regarde venir, un peu surprise.
« Vous savez où on peut trouver le prêtre de cette paroisse ? » Elle ne me répond pas tout de suite, indécise… Qu’est ce donc que cet inconnu qui paraît à peine aimable, et se comporte comme s’il était le seigneur du « Lieu ». Puis elle m’examine d’une façon plus soutenue et un large sourire éclaire son visage plutôt ingrat avec ses yeux louches et son nez pointu.
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