Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

lundi 9 mai 2011

"Portrait de créature", chapitre 2-6

Portrait de créature – Chapitre 2

6
 
Je ne jouerai évidemment pas souvent ce rôle.
Nous reprenons le chemin du retour. J’entends un murmure dans mon dos : « C’était à prévoir qu’il aimerait les fées… » .
Je serai incapable de dire qui a pu prononcer ces mots. Je ne reconnais pas la voix d’un de mes frères et sœurs et j’ai l’étrange sensation qu’elles n’ont pas été prononcées par l’un d’entre eux…
Je dois avoir besoin d’une bonne nuit de sommeil.
Je me réveille, l'œil flou et la bouche pâteuse. Il est environ huit heures du matin. Pour moi, c’est une heure très matinale, mais j’entends déjà pas mal de bruit dans la maison. Ici, on doit se lever avec les poules. Je m’oblige à poser le pied par terre. Il faut bien
s’accoutumer aux mœurs locales !
La soirée s’est bien passée, plutôt calme, ce qui était très bien après une telle journée. Tous mes frères et sœurs sont occupés pour le moment, aussi, après un solide petit déjeuner, je décide de me promener seul.
Les vêtements du frère d’Henri me vont parfaitement, j’ai donc l’air moins ridicule.
Je descends au village pour faire plus ample connaissance avec la population locale et c’est en parfait ethnologue que je m’en vais étudier les us et coutumes des « Leleusiens» (évidemment, je ne suis pas bien sur que ce soit le terme exact).
Je traverse le jardin de notre « château » où Bénédicte s’escrime à cultiver n’importe quelle salade, fleur, légume, enfin tout ce qui peut pousser, quoi ! « ça n’a pas l’air de vouloir prendre ma chère sœur!» lui dis-je en la voyant suer sang et eau , un râteau dans les mains. Elle essuie son front, d’une main couverte de terre, ce qui lui donne un maquillage de jeune sauvageonne. Charmante, ma foi…
« Ah, tu es là, je ne t’avais pas entendu arriver. Non, rien ne veut pousser ici, la terre est pourtant bonne, mais c’est comme si toutes les plantes étaient desséchées par je ne sais quoi.
- C’est peut-être plus en profondeur que ça se passe. Et puis je ne trouve pas vraiment que la terre soit si bonne que ça, elle est beaucoup trop sèche.
- Ça n’a pas toujours été le cas.
- Ah ?
- Non, il paraît qu’il y a trente ans le jardin faisait l’admiration de tout le monde, on avait des plantes et des arbres magnifiques .
- Des arbres ? Pourtant je ne vois aucune souche ou aucune trace d’un arbre ici !
- Non, mais je t’assure qu’il y en avait. C’est ce que me racontaient papa et maman. Ça énervait beaucoup maman de voir le jardin s’en aller comme ça, mais papa avait l’air de s’en fiche.
- Il a l’air de ne pas s’être préoccupé de grand chose de toute façon.
- Pourquoi dis-tu cela ?
- Et bien, il m’a quand même abandonné et il n’avait pas trop envie de me revoir, alors…
- Là, tu te trompes, me répond elle avec un regard chagriné. Papa était bizarre mais ce n’était pas un mauvais homme. Il pensait souvent à toi, mais je crois qu’il avait peur de te rencontrer. Ça lui aurait rappelé trop de choses, je crois. Et puis il pensait que c’était mieux pour toi. Tu as quand même une belle situation et tes parents se sont bien occupés de toi, non ?
- Ça , j’avoue que c’est vrai. » Je reste songeur, une question me brûle les lèvres :
« Mais je ne comprends pas vraiment pourquoi il m’a abandonné. Je n’étais pas le premier enfant à perdre sa mère, après tout ! Et il n’était pas le seul veuf au monde !»
Bénédicte lâche son râteau et me regarde, stupéfaite :
« Comment ça, veuf !
- Et bien voyons, quand ma mère est morte, ça paraît évident, non ?!
- Mais qui t’a dit qu’elle était morte ?» Alors là, j’en reste coi ! Je réponds, après une pause assez longue où je m’interroge sur la bêtise des filles (de ma sœur, en l’occurrence)
- Voyons, c’est Henri lui même qui m’a dit que je n’étais que votre demi-frère et que ma mère a « disparu » après ma naissance. Ce sont ses propres mots.
- Oui, répond ma sœur, visiblement tendue, c’est exact, mais «disparaître» est à prendre au sens propre, on ne sait pas si elle est morte. Elle a vraiment disparu, Thomas, et le jour même de ta naissance. On ne l’a jamais retrouvée… »
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