Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

lundi 9 mai 2011

"Portrait de créature", chapitre 2-5


Portrait de créature – Chapitre 2

5

Drôle de découverte pour un ex-fils unique. Ça doit être amusant un temps, mais heureusement que je ne reste pas vivre avec eux. Je les regarde un par un. C’est émouvant de voir là mes petits frères et sœurs.
Émile me prend gentiment la main, plus pour me diriger qu’autre chose, mais ça me touche.
Bon, je ne vais quand même pas larmoyer ! Où est donc le dandy éméché de la semaine dernière qui se mettait une assiette sur la tête chez Fred ? (Ce n’est pas un ami, c’est le nom d’un club !)
Nous marchons tous les six, comme une bande de joyeux scouts. Ah les plaisirs simples de la nature !...Arsène chante un air du pays. Il a une jolie voix chaude, mais comme c’est du patois, je serai bien incapable de dire ce que raconte la chanson.
Les autres ont l’habitude de suivre ce chemin étroit qui va vers la falaise, mais moi, non. En plus, il y a plein de cailloux et je n’ai définitivement pas les chaussures adéquates.
Émile s’amuse de me voir manquer de me casser la figure plusieurs fois :
« Attention, un caillou ! Et encore un caillou, et un autre » scande t-il.
Il se moque gentiment de moi, il a bien raison…
Nous arrivons enfin en haut de la falaise. Et là… Je tombe à la renverse…Au sens figuré bien sur. (je sais quand même marcher!)J’ai devant moi, ou plutôt à mes pieds, une vue fantastique. La falaise, haute et violemment découpée, tombe directement dans la mer. Elle est d’une pierre sombre et miroitante (je vois d’où vient le granit des constructions du pays). Et la mer…La mer est un océan de couleurs. Bleue, verte, encre, elle est même brune par endroits. Avec le blanc de l’écume des hautes vagues, il y a de quoi en prendre plein les yeux…et les oreilles, car la mer est houleuse, presque déchaînée…Pourtant, il n’y a pas beaucoup de vent.
Je me tais, soudainement sérieux devant ce spectacle. Finalement, j’ai peut-être une âme de poète…(Enfin je ne vais quand même pas me mettre à écrire des niaiseries, que le monde se rassure.)
« Tu ne trouves pas ça beau? me demande Victor
- Oh si…Si, justement ! ça me la coupe ! » (Ciel ! Quel langage ! Je n’écrirai décidément pas de poèmes !)
« Content que ça te plaise, continue Victor, c’était un peu le but.
- La mer est toujours aussi agitée ?
- Oui, c’est une particularité du coin.
- Et sait-on pourquoi ? » Il hésite, puis reprend
« Pas tout à fait … »Il m’a l’air bien songeur tout d’un coup…Et puis ce n’est pas vraiment une réponse ça : on sait ou on ne sait pas! Je n’insiste pas et Victor me dit :
« En tout cas elle a de belles couleurs, n’est-ce pas ?
- Oui, je suis bien d’accord.
- Et tu sais, le chemin qu’on vient d’emprunter a toute une histoire.
- Ah bon ?
- Oui, c’était le chemin qu’empruntaient autrefois les Bretons pour prendre la mer.
- Pas possible, ils sont venus jusque là ?!
- Oui, enfin c’est ce qu’on dit. Lelieu serait un ancien village Anglais, ou Breton. Tu comprends, comme c’était il y a plus de mille ans, on ne sait pas trop d’où ils venaient exactement. Mais ils étaient de cette race là. Il y a encore des traces de leur passage.
- Oh oui ! s’exclame Émile, C’était du temps du roi Arthur ! Il paraît que Merlin l’enchanteur a vécu là avec une fée, une vraie !
- Tu crois vraiment tout ce qu’on te dit, toi ! » lui lance Victor brusquement. Henri fronce les sourcils et Bénédicte n’a pas l’air contente. Quand à Arsène il ricane en me jetant de curieux coups d'œil…Il dit à son jeune frère :
« Tu ferais mieux d’étudier des matières plus sérieuses que ça ou tu vas finir comme Lucien si tu racontes des débilités ! »
Émile rougit mais ne répond pas. Il baisse la tête comme si on le punissait. Bon sang, il n’a pourtant rien dit de méchant. Mécontent je regarde Arsène :
« ça suffit ! Il a quand même le droit de dire ce qu’il veut. Et si j’aimais les contes de fées, moi aussi ?! »
Arsène s’excuse et la discussion s’arrête là. Après tout, c’est moi l’aîné maintenant, le chef de famille !
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