Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

lundi 9 mai 2011

"Portrait de créature", chapitre 2-3

Portrait de créature – Chapitre 2

3
 
Lucien le regarde et lui répond froidement :
« Poli ? Mais bien sur… je serai très poli… mais en attendant …. », il se tourne vers moi :
« Vous aviez vraiment besoin de venir ici ?! »
« Lucien ! » tempête Bénédicte, furieuse. Henri et Arsène le regardent avec une hargne et un mépris non dissimulés.
« Je crois que notre cher frère a besoin qu’on lui remonte définitivement les bretelles ! Tu ne penses pas Bénédicte ?
- Tout à fait d’accord ! Quant à toi, dit-elle en pointant rageusement Lucien du doigt, ne t’avise plus de dire un seul mot de ce genre ! Plus un mot, c’est compris?! Sinon, tu sais ce qui peut t’arriver. Alors si tu veux être tranquille, je te conseille de ne pas la ramener ! Entendu ?! »
Lucien paraît entendre la menace et cesse enfin de me regarder. Il semble craindre sa sœur. Plutôt bizarre le frère…
Pour ma part, j’aimerais vraiment être ailleurs. C’est trop d’émotion pour un seul homme, même robuste comme moi. J’essaie de calmer l’atmosphère…
« Je vous en prie, ne l’accablez pas. Lucien, je pense que tu dois être aussi troublé que moi alors je ne t’en veux pas, même si j’aurai préféré d’autres paroles de bienvenue.
Mais pour répondre à ta question : et bien oui, j’avais vraiment besoin de venir. On ne fait quand même pas tous les jours connaissance avec sa propre famille ! »
Lucien me regarde à nouveau.
Un regard légèrement adouci, un peu triste. C’est visiblement un garçon émotif et «soupe au lait » comme on dit. Je ne pense pas qu’il soit facile de vivre avec lui. Et ce qui m’énerve le plus c’est que je lis dans ses yeux de la pitié avec une pointe de souffrance.
Non mais ! Je ne vois vraiment pas ce qui peut l’apitoyer chez moi !
Après un long silence, il articule à grand peine :
« Je suis désolé… Vraiment…désolé…Je n’aurais pas du dire ça…Je ..
- Je ne t’en veux pas. On oublie ?»
Je tends la main et Lucien, hésitant, me la serre en évitant, cette fois-ci, de me regarder dans les yeux.
Espérons que le frangin Victor va mieux se comporter, sinon je reprends le train.
Justement, ce dernier arrive enfin. Ouf, physiquement il est construit sur le même modèle que les autres (excepté Lucien, bien entendu). Mentalement, il doit également venir du même moule qu’eux, vu son sourire chaleureux.
Tout va bien, il n'y a, apparemment, qu’un seul phénomène dans la fratrie. C’est dommage que ce soit celui qui me ressemble le plus.
« Bonjour Thomas, ravi de vous rencontrer.
- Ah mais tu ne sais pas - l’arrête sa sœur - le vouvoiement n’est pas au programme ! On se tutoie tous. Ordre de notre aîné, fait-elle avec une malicieuse révérence en ma direction.
- Et bien puisque ça fait plaisir à tout le monde…Je reprends : Bonjour Thomas, ravi de TE rencontrer. Et bienvenu dans notre somptueux château qui ne vaut pas un clou, avec le sourire de notre châtelaine de sœur qui ne vaut guère mieux, si tu veux mon avis.
- Victor ! Ce genre d’avis, et bien tu peux te le mettre où je pense !» s’exclame Bénédicte, qui essaie vainement d’avoir l’air en colère tant elle s’amuse. « Oh et puis, continue si ça te fait rire, j’en ai à dire sur toi aussi, alors veille à ne pas pousser le bouchon trop loin, mon gaillard ! . Bon et bien maintenant, à table ! »
On va manger, tant mieux. J’ai envie de m’asseoir.
Le repas était délicieux. Je ne sais pas trop ce que c’était, mais ça m’a plu. Et le café (mon premier de la journée !) est bien corsé…
Mes frères et sœurs me plaisent beaucoup. Nous n’avons, pour le moment, échangé que des banalités- par pudeur, je pense -mais l’ambiance du repas était tout à fait joyeuse. La seule zone d’ombre de la tablée a été, comme prévu, mon frère Lucien, qui n’a pas décroché un seul mot. Il s’est contenté de regarder son assiette tout le long, sans pour autant manger.
Je ne comprends absolument pas pourquoi Henri m’a dit que ce frère là avait « tout particulièrement hâte » de me rencontrer…
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