Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

lundi 9 mai 2011

"Portrait de créature", chapitre 2-1

Portrait de créature – Chapitre 2


Nous arrivons enfin à Lelieu.
Je devrais peut-être dire comme tout le monde au « Lieu »…
C’est un assez grand village niché au creux d’une falaise qui surplombe la mer. Entouré par une sombre forêt de grands arbres, le « Lieu » offre un étrange spectacle.
Des maisons en granit, collées les unes aux autres, une église romane, une boulangerie, un épicier, enfin rien d’original. Mais les bois qui nous entourent dévorent quasiment le bourg…Je ne vois guère de champs cultivés, aussi je me demande de quoi on peut bien vivre ici.
On n’aperçoit pas la mer car la haute falaise qui domine tout nous la cache…On entend cependant le flux et le reflux des vagues.
Je me sens bizarre, comme inspiré. Je n’ai pas spécialement une âme de poète mais il faudrait être obtus pour ne pas être touché par la beauté de cette nature restée sauvage, un peu folle…
Je me sens également troublé par ce que m’a révélé Henri…
Savoir que « Whenilia » est le nom de ma mère me donne le vague à l’âme. J’ai ressenti tellement de choses en entendant ce nom, des choses indescriptibles…
Est-il possible que j’ai inconsciemment retenu le prénom de ma mère, au point d’en ressentir une sorte de vertige ?
Et pourquoi Célestia et Théodore semblaient-ils avoir si peur ?

 J’ai bien des questions à poser à mes futurs frères et soeurs…
Nous traversons le « Lieu » sous les regards curieux des passants qui nous saluent. On est bien élevé ici.
Puis nous prenons un vaste chemin qui serpente sur la falaise.
« Voilà, on est arrivé au domaine. »
Je ne m’attendais pas à ça ! Nous arrivons en vue d’une très grande maison de maître, austère et mal entretenue, mais immense, presque un manoir. Des bâtiments longent le chemin qui y mène. Il s’agit certainement des écuries car une tête de cheval orne la porte principale. Une tête sculptée, étrangement morbide. Elle donne l’impression d’être angoissée. Je n’ai jamais vu de cheval anxieux, mais je ne vois pas comment qualifier autrement l’expression de cette tête. C’est bien l’angoisse qu’elle exprime …
J’en ai froid dans le dos…
Je remarque également que le jardin qui entoure le domaine est complètement laissé à l’abandon. La campagne est verte mais ce jardin est desséché, comme si rien ne pouvait ou ne voulait y pousser. Pas vraiment accueillant comme cadre…
Pour un peu on se croirait chez un vampire. Heureusement qu’il fait jour, sinon j’aurais apporté une croix ou de l’eau bénite. Evidemment, c’est une blague, mais bon…
Henri tire sur les rênes, la carriole s ‘arrête.
Je tourne la tête vers l’entrée de la maison. Une jeune fille brune aux yeux gris, de taille moyenne et bien proportionnée se tient sur le pas de la porte.
C’est certainement ma demi-sœur.
« Bénédicte, lance Henri, je te présente Thomas. Et si tu m’entends le tutoyer, c’est que c’est lui même qui l’a voulu, alors ne me prive pas de dessert, tu veux ?
- Tu es vraiment impossible ! » s’exclame ma demi-soeur en riant.Elle a une voix cristalline et fragile, un rire léger.
Ils ont décidément l’air d’être jovials dans le coin. Ah non, pas tous ! J’allais oublier mon bonhomme au pardessus et mon taciturne demi-frère (Lucien si je me souviens bien).
Je ne sais que faire de toute ma personne. Ce n’est pas tous les jours qu’on fait la connaissance de sa propre famille…
L’émotion doit se lire dans mes yeux car Bénédicte s’approche de moi en disant :
« Ne vous inquiétez pas. Je comprends que ce ne soit pas évident comme situation, mais on est vraiment heureux de vous connaître » Elle le dit sincèrement. Du coup, je me sens plus détendu…
« Ma chère sœur, le tutoiement vaut également pour toi, à moins que ça ne te plaise pas.
- Oh, bien sur que si ! En attendant, vous…enfin… -répond-elle en souriant- tu ferais mieux d’entrer. Les autres sont dans la salle. Victor n’est pas encore arrivé. Et puis on n’arrive pas à trouver Lucien, mais tu les verras plus tard »
Je la suis donc, Henri à mes côtés. Il fronce les sourcils…
« Comment ça , « on » n’arrive pas à trouver Lucien ! Qu’est-ce qu’il fabrique encore celui-là ?!
- Henri ! Lucien est parfois curieux, mais il ne « fabrique » rien du tout. Et puis je préfère ne pas l’avoir dans les jambes pour cuisiner.» Elle se tourne vers moi «Je t’ai préparé un bon plat de la région. Comme ça tu découvriras un peu ton pays. Tu dois avoir faim…
- Oh que oui ! »
J’examine le charmant minois de Bénédicte. Elle a de grands yeux clairs, mais pas verts comme les miens. Ils sont d’un gris tirant légèrement sur le bleu. Elle a de petites lèvres charnues, une peau laiteuse, des fossettes aux joues et un nez mutin qui vont bien avec
son air malicieux.
Elle a cependant une mâchoire assez puissante et des poignets plutôt forts pour une fille d’apparence aussi juvénile. Elle doit effectivement avoir un caractère bien trempé…
Mais je n’ai pas noté de véritable ressemblance entre nous. J’en suis un peu déçu…
Peut être que les autres ?...
Le hall d’entrée du domaine est aussi imposant que l’extérieur. Un large escalier de chêne, très sombre, un plafond haut et mouluré, un lustre un peu délabré qui n’éclaire pas assez : j’ai du mal à y voir clair. Mes yeux s’habituent peu à peu à l’absence de clarté.
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