Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

lundi 9 mai 2011

"Portrait de créature", chapitre 1-8

Portrait de créature – Chapitre 1 

8
 
Ça fait plaisir à entendre mais je me pose encore bien des questions.
« Comment se fait-il qu’ils aient mis tant de temps à vouloir me rencontrer ? »
Henri hésite, indécis. Je crois qu’il cherche ses mots.
« Eux, ils auraient bien voulu, et depuis longtemps. Leur mère aussi d’ailleurs. Mais c’est votre père qui le refusait catégoriquement. »
J’aurais du m’y attendre. Puisqu’il m’avait abandonné, il n’avait pas de raison pour qu’il veuille me revoir. Je ne le devrais pas mais j’en ressens une peine profonde, comme un gosse malheureux. C’est complètement idiot ! Après tout j’ai eu des parents formidables
Mais quand même…Il y a encore quelque chose qui me dérange …
« Henri ?
- Oui ?
- Pourquoi as-tu dit « leur mère » et non « votre mère » ? Tu as pourtant bien précisé « votre père » »
Il me jette un coup d'œil dubitatif. Il me semble qu’il préfèrerait ne pas me répondre, mais j’insiste lourdement. Il m’explique donc :
« Tu n’es pas vraiment leur frère. Seulement leur demi-frère. Tu es né d’un premier mariage.
- Et qu’est devenue ma mère ?
- Elle a disparu peu de temps après ta naissance »
C’est peut-être la raison de mon abandon. Étrange, tout de même… Mais je préfère attendre un peu avant de mettre les secrets de famille sur la table. Ça ne doit pas être vraiment joli-joli…
Je me sens un peu triste. J’imagine cette mère inconnue, morte trop tôt. Et si elle avait vécu…
Henri reste silencieux un moment, puis il change de sujet.
« Le voyage n’a pas été trop pénible ? »
Mes yeux commençaient à me piquer… Je crois bien que j’allais pleurer…
« Oh non…Enfin, à part une locomotive qui a mal fonctionné et m’a mis en retard. Mais je suppose que ça tu le sais.
Et puis ce matin, j’ai eu affaire à deux vieux un peu gâteux. Gentils mais pénibles comme tout et qui m’ont presque fait peur.
Ils m’ont tout de même offert un bout de jambon et un godet de piquette. Mais leur vinasse m’aurait rendu malade. Ils avaient l’air en forme ceci dit. La vieille a même trouvé que le café c’était « des habitudes qui sont pas de chez nous en somme ! » » Et
me voilà parti, singeant les deux vieillards. Henri s’amuse beaucoup.
« En fait ça a été plutôt drôle, alors ? dit il entre deux rires
- Oui mais ils n’ont pas été rassurants sur certains points.
- Comment ça ?
- Et bien, par exemple, comme ils semblaient être de la région, enfin de ma région natale, je leur ai demandé s’ils savaient ce que voulait dire mon véritable prénom. Je pense qu’on a du te dire que je ne m’appelais pas Thomas au départ.
- Oui... Répond gravement Henri, en fixant la route d’un air sérieux. Plus aucune trace de gaieté sur son visage. Je ne vois pas ce qu’il y a de si grave mais je continue quand même
- Quand je leur ai dit mon prénom c’est comme si j’avais sorti un lion ou un cobra de ma poche. Ils étaient pétrifiés. Et la vieille a même gémi en disant un mot bizarre : « Whenilia » »
Napoléon se cabre en hennissant. Je m’arrête. On jurerait que c’est ce « Whenilia » qui le met dans cet état. La voiture s’emporte.
Henri tire sur les rênes mais rien n’y fait. Le cheval hennit et se cabre encore et encore en tournant la tête vers moi. Il n’a pas l’air effrayé, non… Il a l’air victorieux, exalté mais pas effrayé. Je palis, ma tête bourdonne et j’entends « Whenilia, Whenilia, Whenilia ».
Un cheval ne peut pas parler, mais j’ai le sentiment que c’est pourtant lui qui prononce ces mots.Ou du moins qui me les transmet, comme par télépathie.
Henri s’énerve, il hurle et fouette jusqu’au sang le pauvre Napoléon. Il le traite également de tous les noms. Chaque coup et chaque injure me fait mal.  
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