Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

lundi 9 mai 2011

"Portrait de créature", chapitre 1-6

Portrait de créature – Chapitre 1 

6

En même temps,ce « Whenilia » tourne dans ma tête, comme une invite sensuelle et nocturne. Je m’en rassasie voluptueusement : «Whenilia, Whenilia, Whenilia… »
Dodore et Célestia se figent comme des statues. Il me semble qu’elle va esquisser un signe de croix mais Dodore lui saisit violemment le poignet et, se tournant vers elle, prononce quelques mots. Je ne les entends pas…Whenilia, Whenilia…
Je m’endors, bercé par ce mot, ou peut-être par la ronde du train. Je ne sais pas trop. J’ai l’impression que la silhouette s’est enfin levée, mais je n’en suis pas sûr.
Nouvel arrêt. Je sors enfin. Je me sens un peu barbouillé. Dodore et Célestia ne parlent plus. Ils restent là, immobiles et effrayés. De quoi, mon Dieu ?!
Je me lève pour sortir.
Célestia me glisse à l’oreille, rapidement et d’une voix quasi inaudible : « Faut pas y aller, faut pas y aller, on veut pas de vous, les Etres doivent pas y retourner !! »
Je la regarde, abasourdi. Complètement gaga, la pauvre ! Mais je lis une telle angoisse dans son regard que je ne peux me moquer d’elle.
Je sors du train en jetant un dernier coup d'œil dans le wagon. La personne allongée au fond n’est plus là. Elle a du sortir avant moi…
Mon Dieu (juif ou bouddhiste, je me répète) faites que je ne devienne pas aussi toqué en vieillissant… et que je ne pue pas !! (j’allais oublier ça.)
Normalement quelqu’un vient me chercher mais je ne vois personne. C’est presque l’été or un vent froid s’insinue sous mon manteau. Un homme passe devant moi et me jette un coup d'œil distrait. Il est assez grand, très brun avec un long pardessus plutôt élimé et une barbe de plusieurs jours. Il a environ cinquante ans.
Comme nous ne sommes que deux sur le quai, je pense qu’il s’agit de la silhouette endormie du wagon, mais rien n’est moins sur. J’ai cru lire dans son regard une certaine froideur, presque agressive…Non, je dois me monter la tête pour des bêtises ! C’est cette vieille sotte du train qui m’a emmêlé le cerveau.
J’ai soif, j’en ai marre et j’aimerais bien qu’on vienne me chercher. Ça commence bien, avec ma « famille » !
« C’est vous, Thomas F …. ? »
Je sursaute, surpris. Perdu dans mes pensées je n’ai pas vu arriver celui qui me parle.
« Heu, oui… oui…c’est moi.
- Ah, tant mieux. Excusez-moi pour le retard mais j’ai eu du mal à atteler la carriole.
- La … ?
- Oui, la carriole, nous avons une auto mais elle ne fonctionne pas vraiment bien.
- Ok, ça me changera, et vous êtes… ?
- Henri, le fiancé de votre sœur Bénédicte. Tout le monde vous attend. »
C’est dit avec un sourire chaleureux. Je révise mon jugement sur l’accueil.
Henri est un jeune homme d’environ 20 ans, châtain aux yeux noisettes et au teint agricole. Il respire la santé. Il est beaucoup plus petit que moi mais taillé comme un bœuf.
Il porte des vêtements que je qualifierai de pratique pour la campagne. Ça me fait penser que j’aurai du amener d’autres fringues que mes costumes hors de prix, mais bon, on ne se refait pas…
En attendant, c’est agréable de voir quelqu’un d’aussi jovial, il m’est tout de suite sympathique.
Nous sortons de la gare, traînant tous deux mes bagages.
« Et bien dites donc, c’est un vrai déménagement, dit-il en riant, un rire sonore (le genre tonitruant). Vous en avez, des affaires !
-Oui, je ne voyage pas vraiment léger.
-Vous avez du en prendre l’habitude en partant vivre aussi loin, en Amérique. »
Je trouve étrange qu’il sache cela. Je suis un peu vexé de voir que ma famille (en l’occurrence mon futur beau-frère) en sache autant sur moi et moi, aussi peu sur eux.
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