Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

lundi 9 mai 2011

"Portrait de créature", chapitre 1-5

Portrait de créature – Chapitre 1 


5
 
- Oh non, mon bon monsieur, insiste Dodore. Enfin vous allez peut-être y faire un journal (je pense qu’il a voulu dire que j’allais y faire un reportage)
- Non, bien sur que non ! »
Je m’interroge sur ce qui pourrait justifier la présence d’un journaliste à Lelieu, ou plutôt « au Lieu ». Mes deux vieux ont l’air d’imaginer qu’ « il s y est passé des choses ».
« Ah, tant mieux, me dit Dodore. Mais vous savez, y a pas grand chose là bas. C’est pas loin de chez nous, alors c’est beau aussi mais c’est mieux chez nous !
-Pour sur, mon Dodore a bien raison ! Si vous voulez vous reposer, c’est mieux par là où on est. Au « Lieu » c’est des pas comme chez nous.
-C’est à dire ?
-Ils sont mauvais ! Y a pas à dire autrement, assène sombrement Dodore.
- Oui, mais c’est normal vu qu’avant… » Célestia s’arrête, gênée, comme Dodore tout à l’heure. C’est la deuxième fois qu’ils me font le coup avec leur « avant ». Je ne sais pas ce que tout cela signifie, Lelieu et cet « avant » qui m’a l’air de ne rien avoir avec la guerre, mais je commence à m’énerver. C’est vrai , quoi ! Ils voudraient
s’amuser à effrayer un parigot qu’ils ne feraient pas autrement.
Dodore semble suivre mes pensées.
« Faut nous excuser mon bon monsieur, mais ce qu’on vous dit, c’est vérité comme évangile. Sauf votre permission, vous y restez longtemps ?
- Non, j’y passe simplement » J’ai la flemme de leur raconter pourquoi je vais au « Lieu ».
Ils m’ont l’air un peu gâteux, je ne voudrais pas les inquiéter outre mesure.
Ma réponse a l’air de les rassurer un peu.
Un ange passe encore. Je regarde dehors… La campagne semble de plus en plus sauvage... Une plaine aride où ne poussent que des rochers…Je n’ai pas le cœur à m’extasier..
Dodore me regarde, peiné. Il voudrait bien s’excuser…
« Faut pas nous en vouloir. Mais y a des choses que vous pouvez pas savoir, et vaut mieux pas, si vous voulez mon avis ! »
Je n’en veux pas de son avis, mais je me retiens de le lui jeter à la face. Après tout je suis un charmant jeune homme très riche. J’ai beaucoup voyagé, alors les inquiétudes de ces deux vieux…
C’est avec un sourire désarmant que je lui réponds :
« Ne vous excusez pas, l’intention est bonne. Et puis je vous répète que je ne fais qu’y passer
- Alors tout va bien, au fait nous c’est Théodore et Célestia Fimot (« Dodore »-Théodore ! J’avais donc bien deviné !)
- Enchanté. Moi c’est Thomas F……..
- C’est joli comme petit nom, on a un neveu qui a le même.
- Merci beaucoup »
Au fait, je me demande s’ils savent d’où vient mon véritable prénom ? « Whenilis »…
Après tout, ils sont du pays.On va bien voir…
« Mais vous savez, ce n’est pas mon prénom d'origine.
-Ah bon ? Comment ça, me demande Dodore.
-Non je suis né dans votre région. J’avoue que le nom que l’on m’a donné à la naissance est plutôt étrange.
-Est c’est quoi ?
-Whenilis. »
Célestia lâche sa serviette et pousse un gémissement de bête blessée. Dodore blêmit, la respiration coupée. J’entends sa femme articuler, d’une voix sourde :
« Whenilia !! »
« Non !! » répond Dodore sans me quitter des yeux. C’est peu dire qu’il me regarde…Il me fixe, comme on fixe un serpent.
L’être allongé bouge un peu…
Que signifie ce « Whenilia » ? Ma diction est pourtant claire et précise. J’ai bien prononcé « Whenilis » ! Alors…
La locomotive roule toujours. Je peux entendre clairement la ronde cadencée de ses roues.
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