Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

lundi 9 mai 2011

"Portrait de créature", chapitre 1-3

Portrait de créature – Chapitre 1  


3

Alors je ne sais pas grand chose d’eux, mais je dormirai dans la « demeure familiale»(dixit ce frère téléphonique), ce qui est tout de même bien gentil de leur part.
Je suis curieux de voir si je leur ressemble, et puis, il faut bien l’avouer, mon goût du reportage est légèrement titillé…
Retour au restaurant où la serveuse me sert un café bien fort avec beaucoup moins de sourires et de minauderies depuis qu’elle a vu qu’elle ne m’intéressait guère.
Il est enfin minuit. Je monte dans le train. A première vue je suis seul dans le wagon. A première vue seulement car il fait nuit et l’intérieur n’est que faiblement éclairé par des veilleuses. Je  m’assois en essayant de viser mon siège car on ne voit presque rien.
Je ne suis pas seul : dans le fond du wagon, je distingue une forme allongée sur deux places et qui semble dormir. Homme ou femme ? Je ne peux le deviner car il fait trop sombre et le train, qui démarre, couvre le bruit de sa respiration (ou de ses ronflements).
J’essaie de m’installer le plus confortablement possible quand une sensation de peur me noue le ventre. L’angoisse me paralyse, glissant le long de mon corps comme un serpent d’acier. Ma respiration se fait de plus en plus forte, de plus en plus haletante…
Mon regard parcourt tout le wagon, très vite, comme s’il voulait défier l’obscurité. Je sens qu’on me regarde, qu’on m’épie et qu’on me veut du mal… Je sais que ce n’est pas possible, je le sais, mais je sens une présence malsaine. J’arrive enfin à me lever et regarde obstinément, douloureusement, en direction de la forme allongée. Ce n’est qu’une personne qui dort, mais c’est plus que cela, en même temps, je le sens. Il faut m’en débarrasser, je ne le dois pas mais je sens que je veux m’en débarrasser… C’est mon regard fixe, intense et que je sens verdir dans la nuit qui me l’ordonne. Mes veines vont éclater tellement j’essaie de résister à cet ordre.
J’essaie de lutter contre mes propres pas qui se dirigent vers cet homme ou cette femme qui dort… Je vais hurler, je vais hurler pour me libérer… Il faut que je hurle pour que mon regard, dissocié de moi-même, ne le tue pas. Il faut que…
Je ne hurle pas, mais me réveille en sursaut. C’était seulement un cauchemar. Il y a bien quelqu’un qui dort au fond. Ca doit juste être un brave gars épuisé comme moi. Les rêves sont vraiment bizarres. J’aimerais en rire mais j'ai encore en tête cette sensation de froid et d’angoisse…
Je me rendors.
Le train s’arrête. Le soleil va bientôt se lever… Deux passagers montent dans le train : un vieux couple au teint buriné et au regard souriant. Comme j’ai l’air d’un bon garçon, juste un peu mal réveillé, et qu’on ne voit toujours rien de la silhouette endormie, ils
préfèrent s’asseoir en face de moi.
« Vous permettez, Monsieur ? Y'a beaucoup de place dans le train mais la compagnie, c’est plus agréable! »
Quand bien même leur présence ne me plairait pas, ces deux vieillards ne me laissent guère le choix. Je leur souris, ils sont déjà assis…
La vieille sort, d’un énorme panier, du jambon, une miche de pain ainsi qu’un fromage rond et odorant. Mon dîner étant parti loin, la bonne odeur de pain frais me tenaille l’estomac.
Je dois lorgner leur repas avec insistance car elle me regarde un peu ironiquement.
« Vous en voulez? Vous avez l’air d’un grand gaillard qui doit bien manger ! »
Je rougis et accepte avec gratitude, ils sont vraiment gentils comme tout !
Le petit vieux mâchonne allégrement une tranche de jambon et me tend son couteau
« -On a aussi un peu de rouge, il picote bien un peu, mais c’est du bon, vous en
prendrez bien un godet ?
- Je vous remercie mais le matin, je prends plutôt du café.
- Ah, mon bon monsieur, soupire la vieille, ça c’est pas bien sain, c’est des habitudes qui sont pas de chez nous en somme ! (je me demande bien ce que sont les habitudes « de chez nous ». De la piquette à six heures du matin?!)
- Tais-toi Célestia ! Ca te regarde pas les habitudes de monsieur. N’est-ce pas, monsieur ? dit le vieux en me regardant, chacun fait bien comme il veut, non ?
- Oh mais ça ne me gêne pas du tout. Votre épouse n’a pas complètement tort, vous savez. Mais ça me réveille et le rouge, je le bois plutôt tard le soir.
- Et pas tout seul j’imagine ! me dit il avec un clin d’oeil complice.


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