Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

lundi 9 mai 2011

"Portrait de créature", chapitre 1-2

Portrait de créature – Chapitre 1  


2




Justement, concernant ce dernier point (les conquêtes féminines), j’ai laissé ma dernière fiancée en date (et du jour !) complètement éplorée sur le quai de la gare. Elle est très mignonne cette petite Stancy ! Américaine, trop de rouge sur la bouche, mais j’aime assez, et prude comme tout le nouveau monde, mais je m’en occupe (l’ancienne Europe a des ressources très divertissantes!!) Je pense très sincèrement qu’elle ne restera pas fiancée en date et du jour pour bien

longtemps. J’ai cru apercevoir une lueur égrillarde dans l’œil binoclard de William, lui-même présent sur le quai, mais pas du tout éploré.

Le train s’arrête, première correspondance.

En fait c’est un problème de locomotive alors je vais rater le train pour X et devrai donc attendre le prochain, à minuit. Zut, et encore zut, pour rester poli ! Je vais continuer à écrire, après tout il n y a rien d’autre à faire dans ce foutu wagon. Même la campagne est trop moche pour qu’on puisse faire semblant de l’admirer. Et

puis je n’ai pas du tout envie de parler à mes voisins : une grosse quinquagénaire (peut-être plus jeune mais de toute façon pas consommable) qui m’a l’air revêche (en tout cas, elle est hideuse), une famille avec une portée de gamins morveux (style : « on les a

pondu le jour du seigneur et dans la foulée ! ») et un vieillard qui doit être assez sympathique mais sourd comme un pot de chambre (je précise le genre de pot parce qu’il pue !) Alors je vais continuer ce petit récit de ma formidable vie. Et puis je suis un peu excité,

et anxieux, à l’idée de rencontrer ma nouvelle famille, celle qui m’a vue naître (et qui m’a abandonné , me direz-vous, mais c’était il y a longtemps).

Le petit vieillard va aux toilettes. Horreur ! il passe devant moi ! Je retiens ma respiration. Le problème c’est qu’il me sourit gentiment et qu’il marche lentement, alors je suis bien obligé de répondre à son sourire et de respirer ses effluves pittoresques.

Beurk, beurk, beurk, faites, mon Dieu (juif ou bouddhiste !) que je ne pue jamais en vieillissant !

Cela me fait penser que mes parents étaient juifs, et pas moi. Je n’ai pas été élevé dans la religion du peuple élu et n’ai donc jamais été circoncis. C’est assez bizarre mais je ne m’en suis pas inquiété car mes parents ne pratiquaient pas. C’est une des choses qui rend la révélation de mon adoption moins surprenante que prévue. Je me demande si j’aurais aimé avoir le sexe circoncis ? On doit avoir de sacrées sensations! Je demanderai à Joachim (un cousin que j’adore) qu’il me dise ce qu’il en est quand je reviendrai à Paris. Ça le fera rougir (il est assez pratiquant) mais tant pis. De toute façon il ne se fâchera pas. J'adorais mes vieux parents. Ils ont fait de moi leur héritier et j’ai toujours été une source de fierté et de joie pour eux. Alors le fait qu’ils m’aient adopté me les rend presque plus

adorables encore. Si vous m’entendez là-haut, mes bons vieux Ismaïl et Esther (tels furent leurs rabbiniques prénoms !) : JE VOUS AIME !!!

Je m’appelle Thomas, ce qui est bien chrétien, mais le notaire m’a révélé que mes parents d’origine m’avaient donné un étrange prénom : Wenhilis. Je comprends parfaitement que cette chère vieille Esther aie préféré m’appeler autrement.

Je me demande bien ce que ce « Wenhilis » veut dire… Personne n’a pu me l'expliquer…

En tout cas, il faut croire que ma famille inconnue a su me retrouver et s’intéresse enfin à moi car c’est elle-même qui a écrit à mon notaire. Je vais donc rencontrer mes frères et sœurs- nos parents sont morts - dans un village paumé du sud de la France…

Pourvu qu’ils n’en veuillent pas qu’à mon argent ! (je me doute bien que leur soudaine affection doit être légèrement intéressée, mais quand même !)

Deuxième arrêt.

On est enfin arrivé, mais il va falloir attendre minuit pour le prochain train ! Je mange donc dans une espèce de restaurant de gare doté d’une accorte serveuse rebondie qui me jette des coups d’œil qu’elle pense aguicheurs. Pour tout dire, ils me font le même effet que l’immonde tête de veau qu’elle me sert comme plat principal. Beurk et encore beurk !!!

Après ce détestable dîner, je téléphone pour prévenir ma future famille que j’arriverai plus tard que prévu. Ça n’a pas l’air de les surprendre ni de les passionner.

Je ne leur ai écrit qu’une fois pour leur dire que j’acceptais leur- implicite -invitation et je ne les ai eu que deux fois au téléphone, du moins un de mes frères.
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