Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

mardi 10 mai 2011

"Je sais que je..." Roman chapitre 1

Enfin un chapitre1 normal pour la suite des aventures de Juliette (en fait on la découvre seulement maintenant)
1

Je m'appelle Juliette...
Quand j'étais petite, je voulais être écuyère. Pas danseuse...
Les autres petites filles voulaient être danseuses mais pas moi.
En réalité, je suppose que j'aurais voulu l'être aussi, mais j'aimais les animaux, alors être écuyère me semblait un parfait compromis.
Danser sur un cheval et virevolter dans les airs...écuyère...mi-femme, mi-cheval...
Je n'ai pourtant jamais fait de danse ni d'équitation. Du tennis, de la natation, du piano, beaucoup de piano...
J'aimais bien la musique mais je n'étais pas vraiment douée alors j'ai arrêté. Et puis avec le lycée, ça devenait difficile de continuer le piano...
Maintenant toutes les gamines rêvent de devenir "stars chanteuses" avec le désir flagrant d'être plus "stars" que chanteuses. Il y'a dix ans, elles voulaient être "stars top-modèles".
Et dans dix ans?
Au train où vont les choses, et une fois toutes les désillusions bien digérées, je pense qu'elles rêveront de devenir fonctionnaires ou tout simplement riches.
Gagner au loto, ce n'est pas mal non plus...Mais ça, il n'y a pas d'âge pour en rêver.
Ado, je m'imaginais vieille - à savoir à 30 ans- avec un super mari, des supers gamins, un super job et des supers amis.
Une sorte de wonder woman sans la tenue ringarde, ultra indépendante qui voyagerait beaucoup et aurait les hommes à ses pieds.
En l'occurrence, "les hommes" représentaient le seul garçon du collège dont nous étions toutes amoureuses et qui n'était pas du tout à mes pieds.
Je ne me souviens plus de son nom. Un beau gosse brun qui me faisait penser à Johnny Depp dans "21 jump street" : faux rebelle chic et toc.
Ça titillait ma libido naissante.
Bien évidemment il se "faisait" plein de filles même si nous n'en avions pas la preuve, mais nous le croyions sur parole.
Moi, j'étais trop petite et mal fagotée à mes yeux pour oser sortir avec lui.
Et puis...j'avais un appareil dentaire et il me semblait que personne ne pourrait s'intéresser à moi avec cette "superbe" grille d'égout.
Comme je n'osais pas sourire, j'avais l'air constipé et mal à l'aise.
Pourtant, quand je regarde les photos de classe de l'époque, je m'aperçois que je n'étais pas plus vilaine qu'une autre et même plutôt moins moche que la plupart.
Et maintenant?
Maintenant j'ai 30ans-ou presque- je suis célibataire, j'habite Paris, je suis relativement mignonne, rigolote et un peu sexy, je n'ai pas d'argent de côté et je suis une acheteuse moyennement compulsive. Juste assez pour avoir de réguliers découverts bancaires sans gravité.
Je chausse du 38, mesure 1mètre 65, je suis châtain foncé avec des reflets dorés (normalement, je suis tout simplement châtain pisseux mais les colorations reflets "blonde"font des miracles), j'ai les yeux noirs et je suis assez bien faite, avec, cependant, une poitrine trop inexistante à mon goût... J'oubliais... J'ai un job, un travail...
On peut le qualifier de "super" même si j'en doute parfois...
Je m'occupe des éditions d'une grande maison de disques : on préfère dire une "major".
Concrètement, je dois "développer des artistes".
Encore plus concrètement, si on remue la boue du show-biz, je formate les gamines "stars chanteuses". C'est à dire que je leur trouve un styliste bas de gamme qui leur donne un look- toujours le même- "décolleté chaudasse qui passera bien à la télé", un coach vocal (on ne dit plus professeur de chant) qui s'occupe de les faire chanter (moi j'appelle ça hurler!).
Je leur trouve encore un garde du corps, un titre "singlisable"(ne me demandez pas ce que c'est...je n'en sais rien...), quelques show cases (on ne dit plus "concerts" quand il y'a moins de cent personnes dans la salle) et deux ou trois pages "pipole" dans deux ou trois magazines et le tour est joué pour au moins 4 mois.
Puis on en prend d'autres plus frais, plus jeunes, avec de légères nuances à gommer et on recommence...
C'est, dans l'ensemble, un boulot sympathique qui m'amuse bien.
Je travaille pour le grand capital du spectacle!
Et dans 10 ans?
Dans 10 ans... Je n'ai pas à y penser...
Tout ça ne me concerne plus ...
blog comments powered by Disqus
Une erreur est survenue dans ce gadget