Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

mardi 10 mai 2011

"Je sais que je..." Roman chapitre 8

8  

J’ai la gerbe… la très grosse gerbe. Je pourrais dire moins vulgairement que j’ai la nausée, mais après une telle cuite, ce terme ne me parait pas assez fort… Je me sens comme une vieille peau de qui on aurait raté le dernier lifting, comme un chat qui aurait mangé du rat crevé… comme une fêtarde, un lendemain de fête… Le pire de tout, c’est qu’il est 15h00, que nous sommes dimanche et que je ne suis ni dans mon appartement ni dans mon lit. Je ne suis pas seule : Alex ronfle à mes côtés, plus du tout ténébreux ni artistiquement échevelé. J’ai le vague souvenir d’avoir pris le premier métro avec lui. On a bien du essayer de faire quelques petits trucs au lit mais le moyen d’être performants avec le sang qui baigne dans l’alcool ! C’était bien mieux comme ça car, à peine arrivée chez lui, j’ai vomi dans ses toilettes. Après…envie de dormir…J’ai dormi. Le réveil n’en est que plus rude et j’ai hâte qu’Alex se lève pour préparer le café. Je pourrais le faire, je connais bien la cuisine. Mais j’ai la flemme et je suis certaine que je vais avoir des vertiges si je me lève. Alex bouge un peu… J’en profite pour lui pincer le bras. « Hmm ! —Alex ! —Hmm ! —Alex, réveille-toi, s’il te plait, il est 15h00 ! —Qu’est ce que tu veux ? —Du café. —Bon…. Ok… »L'oeil encore mi-clos, il glisse maladroitement du lit pour aller me faire une tasse de « café-lendemain-de-fiesta ». Il est quand même sympa quand il n’est pas vraiment réveillé, le tout est de choisir le bon moment où, encore dans les vaps, il accepte de faire les choses sans réfléchir. Je me prélasse tranquillement dans le lit. Pas de doute, on est mieux toute seule. J’entends Alex batailler avec la cafetière électrique. Alex est comme « grand-mère », il sait faire un bon café. C’est tout ce que mon corps réclame en cet instant. Mon thé vert, plus sain pour la santé, je le prendrai chez moi.  Une envie d’uriner, pressante, impérieuse même, et je me lève d’un bond. Houaa ! C’est rude ! Direction les toilettes, Puis la cuisine. Alex a également préparé du pain grillé. C’est mignon tout plein. Il a allumé sa première clope de la journée, c’est moins mignon tout plein… Je fume - certes pas mal - mais jamais dès le réveil. A jeun, l’odeur du tabac me fait rendre le menu de la semaine, ne parlons pas de celui d’un lendemain de fête… « Alex… —Oui Juju ? —Tu pourrais quand même attendre un peu avant de cloper ! C’est vraiment gerbant, là ! —Attends, je vais ouvrir la fenêtre. » Il n'a même pas dit ça pour me taquiner !  Ce sera la seule concession qu’il fera. J’ai le choix entre m’étouffer avec sa cigarette ou grelotter en sirotant un café brûlant. On choisit la deuxième option : avec un bon pull, ça devrait passer. « ça te rappelle pas notre vie en commun, ma Juju ? —Oui, un peu. » Sauf que je ne m’explosais pas la tronche tous les soirs ! « Qu’est-ce que tu vas faire ? —Moi ?! » dit Juliette de sa voix suave et rauque du matin...enfin...de l'après-midi... « —Ben oui ! Je ne vois personne d’autre à ce que je sache ! —Je vais rentrer chez moi, prendre un bain, lire un peu et dodo ! —Vaste programme... —N’est-ce pas ? ça va être le paradis... —On aurait pu aller se promener et prendre un pot, non ? » Il me demande ça presque timidement : qu'il est mignon quand il veut... « —On pourrait… » Je n’exprime pas un enthousiasme exubérant, crevée que je suis. De toute façon, l’air désabusé, c’est la classe pour Alex. Je dois être au top de la « classitude » aujourd’hui. « Où qu'on va ? » Dieu que je parle mal ! Et dire que j'ai fait des études ! « —Je pensais aller du côté du Marais. Tu sais la terrasse place Ste C… —Bonne idée. Sauf que je ne me mets pas en terrasse de ce temps là ! —C’est sympa aussi, à l’intérieur. —Ça me va ! S’il y a un tabac d’ouvert, je ferai le plein ! —Je crois que celui d’à côté est ouvert le dimanche... -—Youpi ! » C'est stupide, mais savoir que je ne vais pas être en manque de cigarettes me remplit d'une joie subliminale quasi orgasmique, bien plus épanouissante que notre nuit « d'amour » (si l'on peut dire ! ) passablement ratée. On prend une douche. Pour un vieil ex-couple comme nous, pas la peine de faire de chichis, ça ne prend donc pas beaucoup de temps. Je me lave pendant qu’Alex se rase. Un coup d’œil sur son corps en passant… Il n’est vraiment pas épais. J’ai même l’impression qu’il l’est encore moins qu’avant… « Tu ne manges pas ou quoi, Alex ?! Tu as encore maigri ! —C’est le stress de la vie moderne, ma douce. L’éternel va et vient du train-train quotidien qui aspire nos graisses. —C’est ça ! Donne ta recette à Cosmo pour l’été, je suis persuadée que ça fera un tabac ! » Il rit. Alex peut n’être point trop imbu de sa personne. * Nous voilà donc installés en terrasse intérieure, à savoir tout bêtement dans le café. Il fait aussi un peu brasserie. J’ai droit à l’odeur d’une andouillette-frites que dévore mon voisin de gauche. Comment peut-on avaler ça un dimanche après-midi ?! ça me dépasse… Je me suis maquillée comme j’ai pu, mais je n’ai pas réussi à masquer les énormes cernes qui traînent sous mes yeux. Alex trouve ça sexy : « très décadent, ma Juju ! » Je m’aime mieux tête reposée… Alex fume blonde sur blonde. Moi j’ai l’impression que je pourrai définitivement arrêter de cloper…Juste un mirage… c’est l’effet lendemain de fête… Je reprendrai demain mon banal quotidien d’accro à la nicotine. « Tu fais quoi de beau en ce moment Alex ? —Rien de spécial, toujours la pub, la com’. On a trouvé quelques bons slogans. Papa est content. » il récite son couplet comme s'il n'en avait rien à faire. En fait, ça ne m'intéresse pas beaucoup non plus, c'était juste histoire de... (de quoi? Ben de... parler pour remplir les creux, voyons, ça ne vous est jamais arrivé ? ) « —Formidable. Toujours célibataire ? » ça , c'est nettement plus enthousiasmant à savoir ! « —Par intermittence… C’est ça : je suis intermittent du sexe. Toi ? —Moi aussi, mais j’ai pas assez de cachets pour les assedics ! —Une jolie fille comme toi... Tu en fais exprès, ma blanche colombe ! » (sourire narquois du bellatre cracra)  « serais-tu en train de te refaire une virginité ? -—C'est un peu tard, non ? Et puis je ferai appel à toi en cas d’urgence. —Merci bien ! —Vraiment en extrême cas d’urgence ! Genre île déserte, horloge biologique qui tourne etc... —Comme tu es charmante... —N’est-ce pas ? » Dialogue mi-figue, mi-raisin… ce que nous faisons de mieux… Il sait bien que ses « prouesses » sexuelles sont loin d’être mémorables (il faut dire que je ne l’aide pas). Silence. Mon voisin a enfin terminé son andouillette-frites et commande - horreur ! - un banana split. Je vais vomir… Une andouillette et une banane ! Il donne dans le phallique ou quoi ?! J’en glisse deux mots à Alex qui s’esclaffe. « On est dans le Marais, Juju. —Et alors ! Je n’engloutis pas des tonnes de knacki quand je suis en manque de sexe, moi ! » Si notre voisin nous entendait, il serait outré…Il a entendu : il est outré. Tant pis ! Il n’a qu’à manger des choses civilisées ! « —Au fait… —Oui mon Lex ? » Lex, c’est le joli diminutif que je lui donnais quand nous étions contents d’être ensemble (c’était rare). « Dura Lex, Sed Lex »  « —A propos de phallique... Elle avait l’air particulièrement en forme, hier soir, ta copine ! —Qui ça ? —Tu sais bien, la blonde aux gros arguments ! » AARGH ! Il dit ça de son petit air supérieur et ironique. Un sale petit sourire en coin trop stylé dont il a fait sa spécialité. « —Alice ? » Là je reste encore calme mais ça tempête à l'intérieur, que dis-je ! L'Etna va exploser ! « —-Ouais, c’est ça, Alice ! Un prénom qui lui va comme une plume dans le cul, qu’elle agite d’ailleurs pas mal. Je la verrais mieux en Cynthia…ou Pamela… Elle fait vraiment… » Il ne termine pas sa phrase mais je devine sans problèmes la suite. : « vraiment très salope, chiennasse, blondasse, pouffe…bonnasse , quoi ! » Je me sens nettement moins avenante. Non mais quel con ! Lui qui m’avait trompé « juste pour coucher » avec une bimbo, certes brune, mais bimbo quand même. «—Dis donc, il me semble que t’as pas toujours craché sur les arguments, toi ! —Un moment d’égarement, ma Juju, tu le sais bien : toi seule comptait. » Et bien ça ! C’est la meilleure ! Evidemment qu’il n’en pense rien ! Mais ça ne le gêne pas de me sortir une énormité pareille. Je suis plus que sure que les dialogues de « Nous Deux » sont écrits par des hommes… Monsieur pose au grand esprit rebelle et intello : ce n’est qu’un sale petit bourgeois conformiste refoulé : il y a la maman et la putain, tout ça dans la plus antique tradition judéo-chrétienne possible. Je n’avais apparemment pas le rôle de la putain. Ce n’est pas un compliment, ça veut juste dire que je suis rassurante et pas dérangeante : « la future mère d’enfants ». Beurk et beurk ! Quel abruti…Quel petit con ! « Oui, et bien tu ne risques pas d’intéresser Alice, tiens !! —Tu crois ça ! —Elle n’est pas comme tu crois, elle est bien et 100 fois plus intelligente que toi et tes pétasses de copines de philo à deux roubles ! —Eh…calme-toi ! —Si je veux, d’abord ! Allez, « enchantée » de t’avoir revu ! » (je sais, je ne maîtrise pas bien l’ironie.) Mais je m’en vais, impériale et fière de moi. J’ai choisi l’amitié à l’amour, si ce n’est pas beau, ça ! D’accord, ce n’est pas de l’amour, seulement une histoire ratée avec un snobinard friqué. Mais ça prouve tout de même que « contre vents et marées » j’ai le sens de l’honneur, non mais ! En attendant… J’ai perdu un dimanche de ma fin de vie…Il n’en reste pourtant plus tant que ça… Je jure sur la Bible (seulement le nouveau testament : trop de sang dans l’ancien !) de ne plus tomber dans une histoire d’ex… Que s’ouvre le nouveau petit horizon qui sera le mien.
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