Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

mardi 10 mai 2011

"Je sais que je..." Roman chapitre 7

7

Il y a beaucoup de monde à cette soirée !
C’est l’anniversaire de Mélanie, dite « Mimi », une de mes bonnes copines.
C'est-à-dire que nous nous amusons bien ensemble. Nous aimons les mêmes fringues, les mêmes magazines, les mêmes films et les mêmes biscuits apéro.
A part ça, je ne la connais pas plus…
En fait, j’ai bien plus d’affinités avec son copain Erwan, un brun à lunettes qui a toujours l’air de descendre de la lune.
Il a un humour sarcastique, un sens de la fête plutôt sympathique et une collection de chemises toutes plus ringardes les unes que les autres.
Il se rase le crâne car il commence, à 32 ans, à perdre ses cheveux. Une légère calvitie galopante dont personne ne se rendrait compte si Mimi ne disait sans arrêt : « Moi, j’aime bien les mecs chevelus, mais avec Erwan qui les perd, c’est pas possible ! »
Mimi est en train de virevolter d’un invité à l’autre en rigolant très fort.
Erwan, lui, s’occupe de la sono avec Alice qui lui passe une « commande de tubes pour danser ».
Moi, comme je n’ai rien mangé de la journée, je me suis ruée sur le buffet…
Bon, ok, j’ai d’abord commencé par picoler à jeun : gin-fizz, sangria et coca (light, bien sur !).
Après j’ai bien du éponger alors j’ai descendu sec le pâté de campagne et les cacahouètes. Un petit tour également du côté du cake salé…
Il va falloir sacrément danser pour perdre tout ça !
J’ai invité Alice et mon cousin Alain. Alice s’amuse, tout le monde l’apprécie chez Erwan et Mimi.
Alain, comme toujours, commence déjà à être pété.
Je l’ai amené car il vient de se faire plaquer pour la énième fois et me suppliait de lui présenter des copines célibataires. Je me trouve particulièrement altruiste de condescendre à l’amener à une soirée où peuvent passer d’hypothétiques filles seules. Alain est plutôt lourd quand il drague…
En tout cas, il se débrouillera sans moi !
Pour le moment, il tourne, l’œil injecté de pinard, autour d’une petite blonde maigrichonne qui ne semble pas vraiment intéressée par lui.
Elle lui répond du bout des lèvres (enfin... le peu qu’elle a... ) et s’ennuie.
Alice vient vers moi :
« J’ai demandé notre « série » pour guincher !
—Youpi !! »
Notre « série », c’est toute une liste de musiques sur lesquelles on danse jusqu’à plus soif ! A savoir : du Jamiroquai, du Prince, de la funk, du disco (Ah ! Patrick Juvet !), un coup de Dalida (ben oui, « laissez moi chanter », quoi !) un zeste de re-Jamiroquai (ça c’est surtout pour moi !) encore un peu de Prince (pour toutes les filles) etc…
Petite précision pour la gent masculine : toutes les filles aiment Prince ! Ah… se déhancher de façon sexy sur « get off » et « kiss », hmmm…un vrai régal…
On se fiche d’ailleurs bien qu’il y ait des mecs pour nous regarder…
On danse comme des allumeuses, juste pour nous, en s’amusant.
Les garçons ne vont pratiquement jamais sur la piste quand Prince nous met en transe.
On peut danser avec lui et lui en nous, mêmes seules, dans notre cuisine, dans la salle de bains, en peignoir et chaussons-chaussettes. Prince, ça révèle la fille qui est en nous !
Notre série commence et c’est comme si la cloche de la récré avait sonné pour le sexe dit faible. « get off »… Nous sommes toutes en train de danser comme des furies, Alice en tête…
Elle se déhanche avec sérieux et nous commençons toutes deux une chorégraphie d’enfer qui prend bien toute la piste !
On se jette des œillades amusées, on joue les sex-symbols. Toutes les filles de la soirée ont le sourire aux lèvres…elles s’amusent…Les mecs, beaucoup moins… En tout cas ils s’agglutinent un peu plus auprès du buffet et picolent.
J’ai soif. Je me prends une Corona tout en continuant à danser : « pardon, pardon, excuse… ». Devant moi : un groupe de garçons plus jeunes que la moyenne des invités. Je ne les connais pas du tout et je n’ai pas envie de les connaître…J’ouvre ma Corona, je m’allume une clope et je retourne danser. Nettement moins sensuelle avec une bière à la main et une cigarette dans l’autre, mais je ne m’en sors pas si mal. Mimi ne danse guère, Elle discute avec beaucoup de monde. Enfin… discuter est un bien grand mot ! Elle dit une bêtise à l’un, une grosse blague à l’autre, encore une connerie à une troisième personne et on recommence !
A chaque lendemain de fête, elle s’étonne de n’avoir jamais eu de longue conversation avec qui que ce soit. Je ne suis pas non plus une adepte des discussions sérieuses en soirée. Je trouve ça nul de ne pas s’amuser…
Je remarque deux ou trois invités qui ont fumé de l’herbe. Pas très vivaces, l’œil explosé et complètement affalés dans les canapés. Ils m’ont toujours énervée, les fumeurs de shit ou de beu ! Mous et informes ! Pour peu qu’ils soient en surnombre dans une soirée, ça plombe complètement l’ambiance. Après, je me fiche bien de savoir si ils se pètent ou non les neurones, je veux juste qu’ils ne gâchent pas mes fiestas ! Fumer à 30 balais, ça a un de ces airs de vieil étudiant attardé…
Dieu que je moralise !
Je suis peut être une vieille bique, mais n’ayant jamais eu besoin d’une quelconque substance illicite pour faire la fofolle, je ne vois pas l’utilité de se cramer le nez à la poudre ou de devenir un légume (« shit alors ! »).
Quant aux ecstas, autres acides et pilules diverses, je crois qu’un vieux fond de petite fille sage et contente de son sort fait que je n’ai jamais eu envie de tester ces trucs. Pourtant, j’aurais pu… J’en connais qui sniffent, gobent, se piquent…
Maintenant qu’il n’est plus question de préserver ma santé, vais-je expérimenter les drogues ? Non et non… je suis certaine d’une chose : ça ne me dit rien. Le pinard, oui ! Le champ’, re-oui ! La clope, toujours oui ! Mais la drogue, non !!
Je suis spécialement fière de moi. Je bois cul sec un méga verre de gin-fizz bien sucré. Je reluque le planteur maison qui m’a l’air délicieux. Je n’en prends qu’un godet que je sirote en reprenant mon souffle après la danse.
Les garçons viennent de mettre de la techno et je déteste ça.
Tant qu’à faire, je préfère le hard-rock. Un bon coup de pogot et de bourrin, ça m’irait très bien vu mon état.
Alors que la techno… Beurk !
On ne peut faire de choré ni se marrer… C’est vrai que je commence à être sérieusement ivre. J’ai du mal à avoir l’air éveillé et intelligent. C’est surtout en dansant que mes pas sont un peu moins sûrs…
Ceci dit... je ne danse plus vraiment…je tanguerais plutôt !
Mais je suis ravie, car je me sens bilingue (au fait, pourquoi je parle anglais à une fille que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam, alors qu’elle me répond en espagnol ? ). Je maîtrise soudainement le vocabulaire et la grammaire anglo-saxonne !
Et puis…tous ces regards sur moi !
C’est l’avantage d’être bourrée. On est la 8ème merveille du monde…Ce soir, on m’a tous l’air d’être les 8èmes merveilles du monde…ça fait beaucoup…
Encore un peu et je vais avoir l’alcool triste, moi ! Ah non, hein ! Pas ça !

La dernière fois que nous avons fait une grosse fête chez Mimi et Erwan, c’était une soirée déguisée. Thème : « tout ce que vous auriez détesté être ».
Ça en a inspiré certains, d’autres, nettement moins. Je m’étais costumée en vieille bourge enceinte et très très moche. Un déguisement marrant et par conséquent nullement sexy! Personne ne m’a draguée, allez savoir pourquoi...
Alice s’était habillée en actrice porno. D’aucuns ont méchamment prétendu que ça ne la changeait guère de d’habitude.
Mimi était en prof, Erwan …vaguement en marin pêcheur…
On a eu inévitablement droit à toute une série de curés, bonnes sœurs et autres idées très originales … (il y en a qui ne se foulent vraiment pas !)
Je trouvais ça pourtant sympa comme idée. J’ai même songé à me déguiser en trisomique ou en handicapée moteur (pas pratique, le fauteuil roulant, pour danser !). Je trouvais ça rigolo, mais apparemment tout le monde n’aurait pas été de mon avis, dixit Mimi.
Maintenant ? J’aurais, pardon JE déteste être mourante…
« En quoi tu es déguisée ?
—En moi… »
Je déteste être malade à mourir, en sursis…
Un verre vide dans la main, le regard dans le vague…sombres pensées…
Adieu Jamiroquai ! Adieu Prince !
Je me ressers un planteur. Je noie le tout dans un peu de coca pour ne pas gerber illico.
J’éponge avec une tartine de pâté tiédasse et qui sent la clope.
Je repars danser en titubant.
Je me resserre un verre.
Je re-danse… sur de la techno ou du disco…qui sait ?
Je repars vers le buffet vider un fond de bouteille.
Et je tombe nez à nez avec Alex:
« Salut Juliette.
—Salut toi ! » Je ris bêtement comme toutes celles qui ont trop bu.« C’est cool ! T’es venu à la fête ? » Comme si ça ne se voyait pas !
« —Ben ouais, je suis là…
—Ah ouais… » Alex ne sait plus vraiment que dire, alors je ris de plus en plus connement…
Alex est un ex : ça rime mais notre couple ne devait pas faire un poème bien réussi.
C’est un grand garçon « dégingandé » (j’aime bien ce terme désuet), mince et blond cendré qui se la joue intello maudit.
Il réfléchit à chaque mot, chaque pensée forcément existentielle (en tout cas il fait bien semblant) et part du principe que le monde est con…
Une licence de philo, quelques vagues études de je ne sais plus quoi et que je t’installe ce fils à papa dans une boite de pub dirigée par… papa !
Comme dit Alice, je suis attirée par les faux intelligents. Ceux qui donnent l’impression d’être à l’écoute, sensibles, pensifs et ténébreux : des romantiques sur le retour…
Dans les faits ça me donne des mecs (on a des spécimens féminins de ce genre là aussi) pas athlétiques pour deux sous, immatures et égocentriques, et un peu crados…
Tout Alex : jusqu’au col de chemise savamment noirci de crasse (je suis certaine qu’il y frotte tout bêtement des cendres de clope ! )
En tant qu’ami, il doit avoir des qualités. Comme « petit » ami, c’était une catastrophe !
Son but est de se rassurer, se sentir confortablement installé dans sa supériorité, quitte à vous enfoncer comme une greluche - que je n’étais pas !
J’ai passé avec lui cinq mois peu réjouissants pour, au final, le jeter avant les vacances d’été. Pas envie de me prendre la tête sur la plage avec une histoire intellectuellement foireuse.
Mais ce soir… il dégage…
Il est charmant avec ses vêtements mal boutonnés, froissés et ses cheveux mi-longs un peu sales.
Un regard de braise si envoûtant…
Juliette va faire une belle connerie ! Mais Juliette a, au bas mot, trois grammes d’alcool dans le sang…
Juliette a envie de tendresse, d’un peu de sexe. Juliette oublie complètement qu’Alex est nul au lit…
Juliette se sent éminemment irrésistible et désirable.
Juliette a d’énooormes seins que reluque Alex…
Et il est cinq heures du matin. Juliette, pauvre Juju, ne voit pas le regard atterré d’Alice.
Elle n’a d’yeux (enfin… le peu qu’elle arrive à entrebâiller) que pour Alex et une petite compagnie au lit.
Et Juju, la pauvre Juju qui n’veut pas être toute seule, fait sa belle connerie…
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