Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

mardi 10 mai 2011

"Je sais que je..." Roman chapitre 5-6

5

Je me réveille en pleine nuit.
Il fait noir et je n’ai plus sommeil.
J’allume la lampe de chevet.
Je regarde la porte de ma commode.
Et j’essaie de ne penser à rien…

6

Aujourd’hui, je médite.
C'est-à-dire que je me fais une journée télé, une journée glandouille. Une journée entière à ne rien faire, à m’habiller comme un sac : confort sans esthétique.
Une journée où je vais presque ressembler à la petite vieille que je ne serai jamais.
C’est dimanche.
« Je hais les dimanches ! »
Et bien non… Pas du tout…
J’aime ne rien faire. C’est le seul jour - du seigneur ! - où je peux me laisser aller à ma fainéantise naturelle.
Un dimanche où je redeviens toute petite…
J’aime me pelotonner sous la couette, à côté de mon vieux panda en peluche.
J’aurais bien aimé avoir un panda domestique.
J’aime regarder les dessins animés du dimanche matin.
J’aime me dire que je suis dans un petit lit de bébé.
Maman, papa…
Que vont-ils devenir ?
Je culpabilise. Je vais les laisser seuls. Comment leur dire que je n’ai plus guère le temps de les aimer ?
Seront-ils tristes de ne pas avoir de petits-enfants, eux que mon célibat préoccupait déjà ?
Seront-ils forts, altruistes, ou faibles et égoïstes ?
J’élabore dans ma tête une centaine de scénari.
Leur parler autour d’un café ? Le matin ? Le soir ? D’abord mon père, ou ma mère ?
Mon père, calme et silencieux… Sera-t-il le plus solide ?
Ma mère, si vive et joyeuse… Saura-t-elle me rassurer ?
Perdre son enfant... c’est l’ordre des choses qui s’inverse. Ils souffriront…
Perdue dans les plis et replis de ma couette, j’ai mal en silence. Je ne pleure pas.
Je me sens petite, peureuse fillette au ventre noué.
Je médite, gorge serrée et mains crispées.
Où sont mes dessins animés, mes joies d’enfant ?
Cette journée mémé-télé n’est pas comme les précédentes.
La paresse, aujourd’hui, c’est du vide. Du néant, du rien qui se promène.
Que j’étais donc stupide de me sentir rassurée, de croire que mon avenir-cimetière serait serein !
Le néant rampe sous mon lit, se cache dans l’armoire, se glisse au dehors.
J’ai peur, vraiment peur.
Oh, ma foi d’enfant, ma confiance puérile, reviens ! Ne me quitte pas ! Je veux encore croire au petit jésus, au père noël et même au père fouettard !
Ne me laisse pas avec cette conscience adulte de la mort, ce « rien » qui se masque de vide…
Laisse moi, juste pour rire, me raconter mon enterrement :
Ma grand-mère trouverait que « tout a été bien béni ! » et en sortirait toute contente.
Je n’y arrive pas.
Allongée dans mon lit deux places, je plonge. Je dessine un unique et pauvre creux sur le matelas. Je suis seule…
Je hais ce dimanche…
Le téléphone sonnera-t-il ? Me ramènera-t-il à la raison ? Appellerai-je Alice ?...
Je m’endors pour une courte sieste.
*
J’ai mal au crâne. La chambre sent le renfermé et un mauvais documentaire sur l’économie au Pakistan a remplacé mes dessins animés. Je me glisse dans un vieux jean, un vieux pull et des tennis flambant neuves. Dehors, il fait beau, doux…
Je me promène le long du canal Saint Martin. Il y a des vélos, du soleil. Il y a des parents, des poussettes, des enfants et des ballons.
Il y a des terrasses et des lendemains de soirées qui se prélassent avec leurs lunettes de soleil.
Des amoureux, des gens qui s’embrassent, des vieux, des jeunes, des moches, des potables…
C’est beau à voir, à respirer et à entendre… Pas de mélancolie… Pas encore…
Il y a devant moi un homme, un très bel homme brun. Brun et sensuel, à la peau dorée, il fait son footing. J’ai envie de caresser sa peau. Et le néant se glisse, pervers et confus. Le néant, ce n’est pas cette petite vieille avec sa canne, celle que je ne pourrai jamais être. Ce n’est pas non plus cette mère et son bébé, ni ce couple.
Le néant et la mort ne sont pas des sentiments : c’est physique !
Ça se creuse au ventre et vient vous rappeler que vous avez un corps qui ne sera plus !
Le néant, c’est ce bel homme et l’idée que mes mains ne caresseront plus, que mes lèvres n’embrasseront plus. Je n’aurai plus de sens, plus d’essence organique.
Le vide est organique…
Je ne toucherai plus. Plus de bras, plus d’étreintes, plus de lèvres et plus d’amour. Plus de bras, plus d’étreintes, plus de bras… J’ai envie de crier…
Quitter les autres ? Ce n’est rien !
Mon angoisse se résume à ça : deux bras qui s’éloignent et que je voudrais serrer.
J’ai une envie folle de sentir ces bras, ce corps, ces lèvres.
L’amour physique ? Oui, mais vraiment « faire l’amour ». Prendre conscience de mon corps relié à la terre.
Mais « poussière tu seras ».
Je ne veux pas de cette poussière, ni qu’un vulgaire aspirateur céleste passe !
Je veux…
L’homme est parti. Je ne le vois plus et c’est comme si on m’avait abandonnée.
Je veux encore sentir mon corps : manger, baiser, boire et même pisser…
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