Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

mardi 10 mai 2011

"Je sais que je..." Roman chapitre 19

19
 
 
« Coquillages et crustacés… et dans ma chevelure ébouriffée… la, la, la… »
Je fredonne sans talent cette délicieuse rengaine intellectuelle. Tout à fait d’actualité ! Stéph est partie chercher un verre de punch au
bar de la piscine. Alice et moi buvons du champagne rosé, mollement allongées sur nos transats. Il est à peine 14h, « 2pm » ! Génial ! ça c’est de l’occupation régressive par excellence.
On ne lit que les revues les plus idiotes qui soient, y compris les magazines de cuisine pour mamies. Ce sont ceux qui me font le plus
saliver : les photos sont énormes, gourmandes et colorées et les recettes sont tout à fait compréhensibles. En plus, c’est de la vraie
cuisine bien grasse ! Accompagnées d’une kyrielle de Voici et autres
Public, nous nous enfonçons dans une reposante bêtise.
Joie des neurones endormis…
Stéph en pince pour Johnny Depp « tellement sexy, intelligent, et puis, lui et Vanessa, quel couple… ».
Alice trouve que Brad (Pitt) est « vraiment, vraiment, vraiment canon. Tu l’as vu dans « fight club » ? Torse nu ! Hmm, il pue le
sexe ! »
Et moi, je trouve que Philippe Katerine a beaucoup de charme. Ben quoi ! on ne se refait pas …
« Ah non, Ju, pas Katerine ! Berk !
—Moi, je l’aime bien.
—Ok, c’est un bon artiste, intelligent et tout ce que tu veux, mais quant à lui sauter dessus… Non, non et non !
—Pff ! Vous ne savez pas ce qui vaut le coup.
—Ouais ! Avec les succès que tu as eu avec tes jules déglingués, tu ferais mieux de réviser tes classiques. N’est ce pas Stéph ?
—Sur ! Tu n’as pas besoin de trouver un canon, mais essaie tout simplement un mec normal, ce sera déjà bien. »
Trois filles qui oublient que l’une d’entre elle est inscrite sur la liste d’attente du purgatoire. Comme tout le monde, me direz-vous. C’est
vrai…
J’oublie Paris, j’oublie mes larmes, Alex et Chloé, mes parents, ma grand-mère, les sushi et le froid. J’oublie mes malaises, l’hôpital et mon cercueil. J’oublie d’oublier. Je suis aux anges, enchaînant coupe sur coupe de champagne, clope sur clope. Définition de vacances entre filles réussies : cigarettes, champagne et… petits mecs ?
On en parle, on en parle, mais contrairement au dicton qui veut que lorsqu’on parle du loup on en voit la queue, les représentants du sexe fort ne se ruent pas sur les sublimes femelles que nous sommes.
C’est notre premier jour à T. Patience…
Pourquoi penser ainsi aux mecs ? Peut-être le soleil sur ma peau, mes lunettes de pétasse Chanel, énormes globes de mouche, Brad (Pitt, voyons !) en maillot de bain dans le dernier Voici ?
Peut-être…
Mais aussi l’envie d’embrasser quelqu’un d’autre que mes amis, de poser ma tête sur l’épaule d’un inconnu, de voir si, encore
vivante, je peux plaire. Voir si l’étincelle de vie subsiste au fond de mes yeux et peut réchauffer quelqu’un d’autre que moi. Être, pour l’inconnu, la nouvelle connaissance, pas « la »malade mais Juliette,
jolie trentenaire dont le maillot deux pièces est vraiment bien coupé.
Mes promenades en solitaire au bord du canal Saint Martin sont bien loin. Il me revient juste l’envie toute physique d’embrasser cet inconnu. Je bois une gorgée de champagne. Je mange une olive verte. J’allume une cigarette et je croise
mes jambes.
Le soleil nous caresse. Le vent est léger. Alice révasse. Stéph est revenue, le punch déjà bien entamé, mais toute frétillante d'excitation. Petite précision: elle ne renverse aucune goutte d'alcool...
« Eh, les filles !
—Voui ?
—Vous savez quoi ?!
—Non, mais on va le savoir!
— Le barman m’a dit qu’il y a plusieurs stars du rugby qui arrivent demain !
—Ceux du calendrier ?! »
Alice en lève la tête, prête à l'orgasme. Ça ne m’émoustille pas plus que ça. Je trouve ces photos homo-érotiques
complètement débiles. Les muscles et les fessiers rebondis, ça me rappelle ces dessins schématiques qu’on voit chez le boucher : « les
meilleurs morceaux du bœuf : rumsteck, filet, faux-filet, etc… »
Je ne me sens pas encore l’envie de griller de la côtelette de XV de France !
« Alors tu en dis quoi, Ju ?
—J’en dis que ça ne me dit rien du tout ! » le pire, c'est que je suis sincère.
« —Allez, juste pour le plaisir des yeux, quand même !
—De vos yeux, peut-être. Moi… je ne pense pas.
—Eh ! c’est ceux du calendrier, oui ou non ?! »
Alice s’énerve, sa ferme poitrine voluptueuse en tressaute de frénésie.
«—Je n’en sais rien, moi. Le barman ne me l’a pas dit. Si ce sont des stars du rugby, je pense que oui. On verra bien demain. »
Stéph finit son verre, rote et s’assied. C’est tout elle : sereine et pas gênée.
Roter avec féminité, il faut le faire… Je suis quasiment certaine qu’elle saurait pogoter ET rester bandante. Moi je me ferais écraser les pieds…
Des rugbymen ? C’est un quintal de muscles pour deux mètres de haut, non ? Horreur ! J’imagine ça à mes côtés : j’étoufferais…
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