Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

mardi 10 mai 2011

"Je sais que je..." Roman chapitre 18

 18

« Alors, contente de partir, quand même ? »
Je ne réponds pas mais mon sourire, le premier depuis bien longtemps, veut tout dire. Alice me serre la main avec pudeur. Je ne suis pas malade, elle n’a ni pitié, ni tristesse. Elle a juste envie de partir en vacances avec moi. Nous sommes 3 mignonnes parisiennes en goguette. Stéph(anie), le 3ème élément de notre groupe, me tend un paquet de M et M’s. Elle vient d’en grignoter la moitié et j’entends le chocolat croustiller entre ses dents.
Stéph est brune comme Alice est blonde. A savoir que ses cheveux artificiellement noirs sont à l’origine châtain clair. Mais Stéph aime afficher un look personnel, mélange de gothic chic et de néo baba-cool post 68 très tendance. Chevelure noire et raide, frange très très courte, bustier en broderie anglaise blanche, jupe noire assez longue et tropéziennes à talons. Le tout accompagné de gris-gris en argent made in « Agatha Ruiz de la Prada ».
Une fausse brune, une fausse blonde, une fausse châtain : de vraies filles, quoi…
A propos…
« Alice ?!
-Oui ?
-On a emmené les sèche-cheveux ?!"
- Mais oui, t’inquiète…On a tout : les shampoings blond-noir-brunette, les brosses, les sprays « effet retour de plage » et tutti quanti. J’ai pensé à tout
-Ouf ! Et ma robe dos nu, tu l’as mise dans la valise ?!
-Bien sur, elle est dans le sac vert sous la jupe blanche.
-Ah oui, c’est vrai ! »
Je fais, mentalement, mes bagages. Je ne peux guère faire que ça puisque je suis venue comme une somnambule à l’aéroport. Je me sens comme la belle au bois dormant au sortir d’une longue nuit douloureuse, le prince charmant en moins. Pour un peu, je demanderais à Alice où nous allons.
Je ne me suis connectée à la réalité qu’une fois installée dans l’avion. S’élever dans les airs, c’est comme monter au ciel… Un avant goût de paradis ?
Je regarde les nuages, si blancs, le ciel trop bleu. Une image d’Épinal mais qui marche à tous les coups. Dans peu de temps, j’irai marcher sur cette nappe de coton.
Le plateau repas de Air-T est immonde et frugal. Je pense que même Chloé ne le mangerait pas. Pauvre Chloé que j’ai bien maltraitée. Je lui ferai une belle lettre d’amitié. Promis, je le jure sur la tête d’un de ces nuages floconneux !
Le café de Air-T est tout à fait buvable et les stewards – malheureusement gays et bien évidemment canon – sont tout à fait charmants. Il y en a un, notamment, brun aux yeux noirs étonnés qui le rajeunissent, dont la voix veloutée me séduirait tout à fait si je pouvais l’intéresser bibliquement parlant.
Ciel ! Mes goûts changeraient-ils donc ?! Moi, éternelle idolâtre des mecs déglingués et névrotiquement sales, me voilà légèrement titillée par un garçon souriant et propre sur lui !
Je deviens saine ou quoi ? Ou alors, l’âge venant, je me transforme en mémère à gigolos ! Ah non, pas de syndrome Ivana Trump pour moi ! Par pitié ! autant m’amouracher d’un vieux beau un peu picolo sur les bords et qui draguerait au bar de la piscine, un verre de planteur dans la main gauche et une gitane maïs dans la main droite.

Stéph, qui a consciencieusement dévoré son stock de M et M’s s’endort la bouche ouverte. Pas très sexy…
C’est une belle fille mais souvent pas classe du tout. Elle se fiche bien d’être sexy et au final elle réussit le tour de force d’être passablement attirante tout en ayant ce côté « pote » qui, en temps normal, fait fuir les mecs. Je dormirais comme ça, avec un filet de bave sur la joue, tout le monde hurlerait…
Mais elle trouve toujours chaussure à son pied ou, comme elle le dit si joliment : « capote à son vagin » !
Les capotes!…
« Alice ?
-Hmm ? » Elle somnole également, mais avec plus de distinction.
« -Les capotes, on en a ? » J’ai soufflé ces mots d’un air coupable de conspiratrice terroriste... ou plutôt... terrorisée!
Alice se réveille tout à fait, me regarde avec des yeux agrandis par la surprise. Elle sourit tendrement. Son sourire s’accentue. Elle ferme les yeux…
Elle éclate de rire.
Mortifiée et un peu honteuse de m’être conduite comme une gamine prépubère, je proteste bêtement :
« Ben quoi, c’est pas drôle !
-Non ma Juju, c’est pas drôle, non, non, tu as raison, c’est pas drôle du tout »
Mais elle a un fou rire terrible qui lui coupe la respiration : Stéph se réveille. Tout le monde me regarde avec amusement.
Je ris aussi, un peu gênée tout de même…
Notre avion va bientôt atterrir. Vive le plancher des vaches !
C’est la vie qui va , qui vient.
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