Les petits romans

Parce que nos vraies vies ne sont pas toujours de grands romans, mais que dans nos vraies vies il y a plein de petits romans, un blog avec des petits romans de nos vraies vies et aussi des vrais romans qui racontent de fausses vies.
Vous n'avez pas tout compris? le mieux c'est encore de lire...

mardi 10 mai 2011

"Je sais que je..." Roman chapitre 11

11

J’ai tout faux…
Chloé m’a rappelée… Elle pleurait au bout du fil. Elle m’a touchée, beaucoup touchée…Comme si sa main, pourtant froide et lointaine, son regard, souvent vide, espéraient m'atteindre...
« Excuse moi, j’ai du mal à retenir mes larmes.
—C'est rien Chloé... Je suis désolée d’avoir été si dure avec toi.
—Tu aurais même pu faire pire, tu en aurais eu le droit. J’étais là en train de me plaindre de mes conneries habituelles, et toi…. Je ne sais que faire, tu sais.
—Continue à faire comme si de rien n’était. Je crois que je ne suis pas encore prête à sentir de grands changements autour de moi pour l’instant. Je n’arrive déjà pas à me rendre compte que…enfin... tu vois quoi?…
—J’essaierai quand même de moins me focaliser sur mes bobos de névrosée, pour changer.
—Surtout pas ! Sinon, à quoi je servirais, moi ?! »
C’est une bien pauvre plaisanterie, mais Chloé rit entre deux pleurs.
Elle m’a envoyée une jolie carte avec un cœur doré et un paquet de kleenex avec ce petit mot :
« à me mettre sous les yeux au cas où je la ramènerais avec mes névroses à deux balles !
big kisses. Chloé » 
Comme quoi, il reste de jolies choses sur terre.
Pourquoi faut-il être presque morte pour prendre conscience de la vie ?
Bon, arrêtons là les grandes questions existentielles…
*
J’ai fait semblant de regarder la télé hier soir. En zappant, je suis tombée, et me suis fait très mal, sur une émission de variétés avec, comme invitée principale : Céline Fion !
Je sais que son nom commence par un D mais je trouve que le F lui va mieux.
Je n’y peux rien, elle réveille mes pires instincts. Je ne comprendrai jamais comment elle peut « adorer » tout le monde. Avec son regard quasi énamouré, elle s’extasie sur tous et n’importe qui !
Les présentateurs, mielleux, sourient à la caméra et chacun entonne « Céline ! Céline ! » sur un air d’idolatrie. Je lui reconnais une énorme capacité de travail et d’endurance et peut-être du talent, mais on peut dire également ça à propos d’un cheval de course : « Céline gagnante dans la 3ème à 20 contre un ! ». Les gens qui « aiment » tout le monde, c’est comme une choucroute, une meringue ou, pire encore, une robe de mariée râtée (comme elles le sont toutes en général) : ça m’écoeure !!
Le pire, c’est que Céline a l’air sincère et sympathique…
On ne peut pas en dire autant des autres « artistes » qui, surfant sur le courant du « on s’aime tous ! », doivent répéter leurs surprises et leurs airs béats des heures durant devant la glace.
Ah, mon Dieu Cathodique, donnez-moi donc un artiste talentueux et antipathique ! ça n’est pourtant pas cela qui manque !
Je suis restée vingt minutes devant ce programme TV, terrassée d’horreur…
J’ai fini par zapper : rien de bien intéressant sur les autres chaînes.
Je me suis donc concocté un programme personnalisé des plus intéressants.
Un DVD d’un vieux polar américain en noir et blanc. J’en coupe le son. Ne restent que les images, sublimes de lumière, les acteurs, encore plus mystérieux sans les voix.
Ça, c’est pour l’ambiance visuelle.
Je prends un bouquin : « le fantôme de Mrs Muir ».
Je l’ai déjà lu, mais j’aime la douceur un peu désuète de ce roman.
Ça c’est pour l’ambiance tout court !
Et pour le son ?
Un disque de Tom Waits, mon idole, mon dieu !
Je ne suis pas fan, je suis amoureuse…
Je dois bien être la seule à trouver du charme et du sex-appeal à ce monsieur déglingué, un peu dandy, un peu marginal. Mais j’aime cette nonchalance…
Et puis Tom, je peux bien l’appeler Tom, était très beau quand il était jeune.
J’aime sa voix éraillée de clown alcoolo.
J’aime la morsure de cette voix, rauque et vivante.
C’est une voix… sexuelle… Je ne pense pas que beaucoup de filles partagent mon goût, ça m’est bien égal.
Avec ça, Tom ne doit pas être facile tous les jours. J’en devine quelque chose : j’ai toujours voulu sortir avec des déglingués. Du moins en avaient-ils l’allure… mais pas le talent…
Peut-être qu’avec le talent tout s’estompe, tout devient facile
Allongée sur le dos, je lis quelques phrases du « fantôme » et Tom chante. Mon fantôme, c’est lui. Il est présent dans ma chambre et chacune de ses notes vocales les plus basses le rapproche de mon lit.
Sur l’écran, un gangster tire un coup de pistolet, une femme crie et Tom vient dans mon lit. Onanisme. J’aime beaucoup ce terme de noyade voluptueuse. L’onanisme est un joli moment d’intimité.
J’en profite d’ailleurs pour réveiller les quelques sens qui me restent et qui n’ont guère été titillés ces temps derniers.
Ce sont mes doigts qui se font les plus tendres, les plus volatiles.
Dans ces cas-là j’imagine des tas de mains aux doigts chauds et indiscrets, des langues aussi…
Pourquoi focaliser sur le point G quand il s’avère qu’il se trouve partout, que tout le corps, que tous les sens sont un point G.
Je me suis déjà sentie brûler au creux du ventre, nouée par une violence primaire simplement par l’effleurement d’un regard un peu salace, connaisseur ou par un mouvement un peu insistant.
Le trip à la Marilyn, sur la bouche de métro, j’ai déjà connu, en plus fou peut-être.
C’est dingue ce qu’un sèche cheveux en mode très doux peut provoquer comme sensations…
Le point G, c’est certain qu’il se spécialise dans le vaginal, mais il n’est pas nécessaire de le ramoner à coups de langues ou de sexes soit-disant experts. Ça commence bien avant. Je l’ai déjà dit, mais un regard un peu allumeur ( pourquoi pas cochon ! )et on s’offusque beaucoup, mais…
Bien entendu, le regard doit émaner de quelqu’un qu’on est susceptible de désirer, donc ne rêvons pas trop !
Ecarter les cuissses, c’est vulgaire. En même temps, ça fait un bien fou de se sentir sexuelle.
Je m’exerce parfois, rien que pour moi. Et puis dans ces mots qui claquent dur : « écarter », « cuisses », il y a comme une promesse de coït. Tiens, voilà encore un mot bien claquant, comme un drapeau au vent !
Je suis également très sensible aux voix rapeuses et graves, éraillées…Un peu trop peut-être.
Je dois être la seule au monde à m’exciter sur du Tom Waits et un polar sans le son.
Preuve que je suis bien vivante…
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